Un général et un homme de lettres

J’avoue, quand on prononce le nom de Custine, le seul auquel je pense est Astolphe, né en 1790 et mort en 1857. La rue qui porte ce nom dans le 18e arrondissement n’est pourtant pas dédiée à lui mais à son grand-père, manifestement plus connu, le comte Adam Philippe de Custine. Celui-ci finit guillotiné après avoir été pourtant l’un des premiers nobles à se rallier à la cause du Tiers Etat et après avoir combattu pour la France. Mais Robespierre et ses tribunaux étaient coutumiers des procès expéditifs. Son fils, père d’Astolphe, fut aussi guillotiné et sa mère Delphine après plusieurs mois de prison y échappa de peu, ne devant son salut qu’à la chute de Robespierre.

Delphine, née de Sabran, fut ensuite l’une des maîtresses de Chateaubriand, une femme de fort caractère et intelligente, amie de Mme de Staël.

Astolphe ne doit sa postérité qu’à ses Lettres de Russie en 1839, récit de voyage critique et sensible.

Je trouve normal qu’on rende hommage à un général courageux et pourtant je regrette que cette rue n’évoque pas la mémoire d’Astolphe, le petit fils. Un homme de lettres et un mécène, sa fortune lui permettant de soutenir des artistes et de les inviter dans son château à Saint-Gratien dans le Val d’Oise. Chopin, notamment, y offrit ses notes mélodieuses.

Custine a laissé des textes et des lettres belles et sensibles qui valent d’autres textes signés de noms plus prestigieux. C’est un écrivain de l’intimité qui toute sa vie a cherché d’autres âmes à qui parler. Des amis, au sens le plus profond comme Montaigne et Etienne de la Boétie. Une amitié amoureuse dans le cas de Custine qui resta lié toute sa vie avec Édouard de Saint-Barbe.

Custine, écrivain mineur de l’époque romantique, a souffert comme d’autres d’être contemporain de Chateaubriand, Hugo, Balzac, Dumas, Stendhal… une époque si riche d’un point de vue intellectuel et artistique qu’on est pris de vertige.

Mais cet homme était assez intelligent pour ne pas en concevoir de la jalousie. Conscient qu’il avait du talent quand d’autres avaient du génie, il a eu le courage de rester lui-même, d’être honnête avec son cœur et ses élans.

Une phrase qui lui ressemble extraite de La Russie en 1839 : « Ma patrie, à moi, est partout où j’admire. »

Cette parole n’est pas un acte militaire ni politique mais n’est-ce pas à prendre en modèle ? il mérite notre admiration littéraire et morale.

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