Portraits romantiques

David d'Angers

Angers, où je ne suis jamais allée encore, me fait penser à quelque chose de doux et de riant, à quelques vers de Ronsard, mais aussi au romantisme. Je pense ainsi à David d’Angers bien sûr mais également à Victor Pavie un modeste littérateur de la même époque, ami d’Hugo et de Sainte-Beuve et qui laissa des livres de souvenirs et à la sœur de Musset qui y vécut après son mariage avec Timoléon Lardin.

Le département des Monnaies de la Bibliothèque nationale propose une exposition intitulée David d’Angers les visages du romantique. Le romantisme étant peu à la mode non seulement je n’ai pas eu à faire la queue pour entrer mais je dois dire que j’avais la salle pour moi toute seule. J’ai ainsi passé quelques quarts d’heure dans les années 1830. Cette fois encore un moment de réconfort. Comme si je retrouvais un monde que malheureusement je ne connais que par des livres, des œuvres d’art et mon imagination mais qui a tout de même le pouvoir de me faire oublier un moment la réalité.

Pierre-Jean David dit David d’Angers (1788-1857) est essentiellement connu pour ses fameux médaillons. Avoir son médaillon signé David d’Angers signifiait que vous étiez entré sinon dans l’éternité du moins que vous faisiez partie des personnalités importantes de la Restauration, de la Monarchie de juillet. Les médaillons présentés sont placés par thème : les littérateurs ensemble, les musiciens, les architectes et peintres, les hommes politiques, les scientifiques, etc. Je me suis amusée avoir qui avait été mis à côté de qui. On voit ainsi Henri Beyle dit Stendhal faire face à Alexandre Dumas (je ne me souvenais pas du tout avoir vu ce médaillon de Dumas jeune avec ses abondants cheveux crépus). Victor Hugo était à côté du médaillon d’Adèle. Musset se trouvait entre George Sand et Lamartine désigné comme poète et homme politique quand Hortense Allart (l’une des plus jolies parmi les femmes représentées, soit dit avec objectivité) se trouvait entre Chateaubriand l’un de ses amants et Lady Morgan une femme de lettres irlandaise qui est essentiellement célèbre pour toutes les anecdotes qu’elle a racontées notamment sur la vie à Paris.

Hortense Allart

J’ai beaucoup aimé aussi ce médaillon d’une certaine Joséphine de Forget daté de 1847 et dont le titre de gloire et d’être une muse. J’ai trouvé cela joli être restée célèbre parce qu’on a été muse. Je songe aujourd’hui que ce terme est sans doute un peu désuet et elles sont bien rares ces femmes qui sont les muses d’un homme ou d’une époque. Cette Joséphine, entre autre, a eu une liaison avec Delacroix entre 1834 et 1850 avant de devenir son amie intime, sa « consuelo », comme il disait.

Lorsque l’on voit de près ces médaillons, on est surtout frappé par la vie qui se dégage de la plupart. Certains semblent prêts à se mouvoir. Le profil ainsi de Rossini donne l’impression que le musicien italien va parler et rire. En représentant Musset, âgé alors de 21 ans, David d’Angers lui a donné un cou assez puissant et athlétique et il semble que la jeunesse coule dans ces veines de bronze.

À côté George Sand de profil semble un peu endormie. J’ai beaucoup aimé également le médaillon de Géricault que je ne connaissais pas. L’expression est grave et cette fois le peintre semble déjà d’âge mûr. Géricault est mort à l’âge de 33 ans en 1824. David d’Angers réalisa son médaillon en 1830. Au contraire donc de Musset qui posa celui-ci fut réalisé de mémoire et en vieillissant le peintre David d’Angers voulait peut-être le faire entrer pleinement dans l’éternité.

Ces médaillons étaient de petits formats et pouvait être reproduits assez facilement. Pourquoi David Angers réalisa-t-il ainsi près de 500 médaillons représentant peu ou prou toutes les personnalités célèbres de son temps ? Par foi. Une foi dans une religion humaine, humaniste. Pour lui les saints de cette religion ce sont « les grands hommes dont le génie a fait avancer l’esprit humain ». Dès lors réaliser ces médaillons qui seront facilement diffusables c’est pour David d’Angers éduquer les foules et rendre hommage aux grands hommes. Cet artiste confère à l’art la même mission qu’un Hugo pour la poésie. Le poète comme un mage, un intermédiaire entre les hommes et Dieu et un modèle. Après le traumatisme de la Révolution française, la période héroïque de Napoléon, le capitalisme, l’industrialisation devenaient les grands maîtres de l’Europe et même déjà du monde entier. Mais à cette époque encore il se trouvait des hommes et des femmes qui avaient la foi. Ils s’engageaient dans des causes, ils s’engageaient pour l’art, ils étaient prêts à mourir sur une barricade, lors d’un duel pour défendre leurs idées et la création. Ils s’engageaient parce qu’ils croyaient que même si le matérialisme devenait de plus en plus important ce monde pouvait encore s’améliorer. Ils pensaient que demain donnerait le jour à un monde plus juste, spirituel, où l’homme avec un grand H dans son acception la plus noble aurait toute sa place.

Il se trouvait des êtres plus sceptiques qui redoutaient que le matérialisme, l’égoïsme, l’hypocrisie le profit triomphent. Pourtant même ces sceptiques au fond en continuant à se battre avec une plume, une épée, des mots, un pinceau gardaient encore une certaine part d’idéalisme.

Et je songeais tristement qu’aujourd’hui sans doute David d’Angers serait bien déçu. Qui représenterait-il en médaillon ? Certes il trouverait des personnalités qui le mériteraient mais d’un point de vue politique ? C’était un homme très engagé politiquement qui fut représentant du peuple pour le département du Maine-et-Loire en 1848 puis s’exila à l’arrivée de Napoléon III. Aujourd’hui il serait sans doute bien déçu de voir qu’aucun des orateurs politiques n’a cette bosse du génie qu’il attribuait aux personnalités qu’il admirait.

En effet, ces médaillons par certains détails physiques sont assez réalistes si on les compare à des gravures, des tableaux voir des photos mais David d’Angers y ajoute de l’art c’est-à-dire une part à la fois de rêverie mais aussi d’idéalisme et de subjectivité. Ainsi par exemple si le médaillon de Musset est relativement loin des autres portraits qu’on connaît du poète, David d’Angers a sans doute saisi la vivacité qui habitait alors le jeune homme à qui tout souriait (le médaillon est réalisé en 1830 juste après le succès des Contes d’Espagne et d’Italie). Assurément s’il avait été exécuté trois ou quatre ans plus tard on aurait perçu dans les traits de Musset les douleurs de l’amour, les douleurs du deuil, les déceptions et la solitude qui creusent le visage. L’un des médaillons d’Hugo, non daté, représente un écrivain triomphant, jeune, les cheveux au vent. Celui de Vigny a quelque chose de l’austérité de l’auteur de la Mort du loup.

Enfin les médaillons de David d’Angers sont aussi révélateurs d’une science certes aujourd’hui bien décriée mais qui montrait combien l’humain était au centre des préoccupations. En effet David d’Angers se passionne et étudie la phrénologie et les théories du docteur Gall. Cette science nouvelle alors attribue des aptitudes intellectuelles et des caractères selon les protubérances crâniennes d’un individu. Une espèce de cartographie phrénologique avait été ainsi réalisée. Une trentaine d’espaces dans le crâne sont ainsi établis. J’ai beaucoup aimé cet espace situé un peu au-dessus des yeux appelé la merveillosité. David d’Angers attribue aux historiens une protubérance au niveau d’un espace appelé l’éventualité, cet espace du crâne montrerait la capacité des historiens à se souvenir mieux que les autres des événements. La merveillosité révèle cette aptitude à capter, à traduire le beau. On trouve aussi la causticité, la secrétivité, etc. Certes, les théories de cette science surtout appliquée aux beaux-arts peuvent sembler un peu ridicule aujourd’hui. Malgré tout cela annonce d’autres recherches comme celle du docteur Broca qui établit l’ère du langage dans le cerveau et permet d’expliquer certains troubles. Observez ainsi un crâne et ses caractéristiques physiques c’était aussi deviner que l’âme et le génie cachent bien des mystères et tenter de les mettre à jour par une observation physique. Ces mystères demeurent mais par leur existence, ils nous rappellent que chaque homme est un vrai monde intérieur.

David d’Angers, les visages du romantisme

Département des Monnaies, médailles et antiques de la BN

5 rue Vivienne, 75002 Paris

Jusqu’au 25 mars

Entrée gratuite.

Catalogue par Inès Villela-Petit et Thierry Laugee, édition Gourcuff Gradenigo, http://librairie.actualitte.com/livres/david-d-angers-les-visages-du-romantisme-9782353401130.html

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4 commentaires pour Portraits romantiques

  1. pivron dit :

    Je vous invite à visiter le musée David à Angers qui présente ses magnifiques œuvres. Profitez-en pour parcourir cette belle ville si injustement oubliée et méconnue…

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  2. Philippe dit :

    Nouvel Angevin, je découve Angers depuis 3 mois et raconte cette expérience dans mon blog. Au musée David d’Angers, j’ai bien aimé les bustes…

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