La rentrée de Claire Devarrieux

Marc Lévy, © Alastair Miller

Durant cet été j’ai entendu Marc Lévy interviewé sur Europe 1. Certains de ses propos m’avaient fait sourire et j’avais même été sur le point de consacrer un billet à cette intervention radiophonique, petit festival de lieux communs et de propos assez ridicules dont celui que j’ai encore en mémoire : Marc Lévy expliquant qu’il n’écrit jamais dans les cafés parce qu’il trouve cela impudique. Je me suis donc demandé si lorsqu’il écrit (?), il se livre à cette activité intellectuelle dans le plus simple appareil ? Ou en prenant des poses lascives ? Ou en se livrant à un vice particulier ? Enfin, cela ne nous regarde pas.

Dans mon billet sur Blondin j’avais fait une petite allusion aux ridicules de la rentrée littéraire. Mais j’avoue qu’avant la mise en ligne j’avais réduit cette partie là de mon propos afin de rester tout de même centrée sur le recueil de nouvelles de Blondin qui me semblait plus intéressant.

Et voilà que je tombe sur un lien de Baptiste Ligier m’indiquant un article signé aujourd’hui par Claire Devarrieux dans Libération. En fait il ne s’agit pas réellement d’un article mais d’un tchat avec des internautes questionnant la critique littéraire sur la rentrée. Ce principe n’est pas sans intérêt, il permet à des internautes, des anonymes de poser des questions et au fond de participer un petit peu à l’actualité. Cela dit, je ne suis pas sûre que l’avenir de la presse écrite soit dans ce journalisme participatif. Il me semble qu’il vaut mieux laisser la place à des analyses ou des critiques justifiées. On est loin tout de même des analyses brillantes d’un Paul Souday, au début du XXe siècle, dans le Temps ou même plus récemment d’un Pascal Pia, Renaud Matignon, Bernard Frank livrant de vraies chroniques littéraires. Ces derniers n’auraient certainement pas jugé bien pertinent de répondre à des questions d’internautes. Dans le cas présent la plupart des questions retenues ne brillent pas par leur pertinence ou leur originalité.

Mais le plus drôle dans l’histoire ce ne sont pas les questions des internautes mais les réponses de Claires Devarrieux.

Elle m’a offert quelques minutes de divertissement pour ma journée. Il paraît qu’il est très bon de rire tous les jours, malheureusement ce n’est pas toujours facile de trouver de quoi rire…

La première chose qui m’a amusée c’est lorsqu’elle parle du roman phare de la rentrée. Elle se livre à un éloge en quelques mots du roman de Christine Angot, usant de ces adjectifs excessifs et finalement sans grand effet du fait de la banalité de leur usage. Je cite : « Il me semble, cependant, que Christine Angot domine de très haut cette rentrée, avec un texte court, dense, inclassable, et stupéfiant, Une semaine de vacances. »

Christine Angot (Photo Sipa)

Je ne me prononcerai pas sur ce roman de Christine Angot que je n’ai pas ouvert mais si j’en juge par les précédents livres que j’ai lus en entier ou partiellement il me semble que le seul point positif des livres de Christine Angot c’est justement qu’ils sont courts. Du coup, on perd assez peu de temps de son existence quand on les ouvre.

Ensuite un internaute demande à Claire Devarrieux, grande critique littéraire de Libération : « Comment découvre-t-on un jeune auteur, et de plus talentueux ? » Elle répond : « La seule manière de découvrir un auteur, c’est d’ouvrir son livre ! »

Il me semble qu’il est difficile en effet de découvrir un livre sans l’ouvrir. Peut-être avait-elle répondu plus longuement à cette question mais en ce cas avoir réduit sa réponse à cette seule phrase la fait vraiment passer pour une idiote. Peut-être aussi n’a-t-elle répondu à cette question que par cette phrase parce qu’au fond elle la trouvait bateau et sans intérêt. Alors à quoi bon faire un effort. Du reste, Claire Devarrieux n’est pas connue comme une grande défricheuse de talents nouveaux…

Autre question : « Pourquoi autant de romans sur les mutations de la société ? » Et notre Claire Devarrieux de nous répondre : « Les écrivains sont par définition les témoins et les symptômes de la société. »

Par définition ? Il me semble que c’est un petit peu réducteur… Qu’ils soient des symptômes, c’est très discutable et n’est pas réellement un compliment. En effet, cela signifierait que les écrivains sont la manifestation des maladies dont souffre une société. Certes, c’est valable pour des Angot qui illustrent l’égocentrisme hystérique, l’égoïsme courant dans notre société capitaliste sans idéal et sans grandes pensées. Mais il y a des écrivains dont le souffle porte plus loin que celui d’une fumée de cigarette. Qu’ils soient souvent des témoins oui, mais justement les grands écrivains sont ceux qui parviennent à rester en marge de cette société pour mieux pouvoir l’examiner.

Interrogée sur le roman d’Aurélien Bélanger que la rédaction de Libération a mis en avant comme tout le monde, Claire Devarrieux ne s’étend pas. Sans doute pour ne pas faire doublon mais emploie tout de même l’un des adjectifs utilisés déjà pour Christine Angot « surprenant ». Au fond Claire Devarrieux doit garder un petit côté naïf, une âme d’enfant puisqu’elle arrive à être surprise par tant de livres chaque année. En bilan de cette année elle ajoute : « excellent cru, varié, généreux ». Comme c’est beau. L’avantage c’est que ces adjectifs pourront lui servir encore l’année prochaine et encore l’année prochaine et encore l’année prochaine…

Sur le pronostic pour le Goncourt, elle cite Olivier Adam grand favori depuis la fin juin et Patrick Deville. Elle n’aurait pas cité ce dernier si deux jours auparavant il n’avait pas été couronné par le prix du roman Fnac.

Hanna lui demande : «  La sempiternelle compétition pour les prix se profile déjà entre Gallimard et Grasset (Bellanger/Binet). Est-ce qu’une petite maison d’édition (comme Galaade avec S. Taussig) aura un jour sa chance ? » La plupart des critiques littéraires lorsqu’on les interroge sur les compétitions entre maisons répètent que ce qui compte ce sont tout de même les textes et non les éditeurs, histoire de ne pas discréditer la notion de prix et leur métier car, force est de constater que les pages et émissions littéraires sont d’abord consacrées aux romans bien placés pour la course aux prix. Le prix Goncourt, par exemple, devait être remis à un jeune auteur prometteur, si l’on se réfère au testament d’Edmond de Goncourt. On en est loin. Le roman d’Olivier Adam, qui ne débute pas, était favori, alors que presque personne ne l’avait encore lu… 

Claire Devarrieux effectivement confirme que cette compétition est avant tout une question d’éditeurs : « Gallimard ayant eu le Goncourt l’année dernière pour le premier roman d’Alexis Jenni, le nom de Bellanger ne circule pas tellement, du moins à ma connaissance ». Bref en admettant que le roman d’Aurélien Bellanger soit vraiment un très bon livre (je ne l’ai pas lu) de toute façon il n’aura pas le Goncourt parce que précédemment son éditeur l’a eu. Comme on est loin de la littérature !

Barbey d’Aurevilly

Ce matin je m’apprêtais à réfléchir à mon billet sur le Dictionnaire du romantisme sous la direction d’Alain Vaillant (édition du CNRS). Ce sera pour bientôt. Mais je ne peux m’empêcher, presque de regretter, que toute cette comédie de la rentrée littéraire des prix etc. n’ait pas existé en 1830 car comme la plume, l’esprit d’un Stendhal, d’un Balzac, d’un Musset, d’un Barbey d’Aurevilly ou d’un Théophile Gautier aurait pu s’en donner à cœur joie ! 

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2 commentaires pour La rentrée de Claire Devarrieux

  1. lesensables dit :

    Bravo chère Ariane pour cet excellent article qui dit ce qu’il faut, en particulier sur Mme Angot. Hervé Bel.

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