L’histoire d’un enfant malade

Photo Didier Goudal

Photo Didier Goudal

La Confession d’un enfant du siècle est un roman d’inspiration autobiographique écrit par Musset après sa rupture définitive avec Georges Sand. Ce projet de roman le poète y a songé dès leur première rupture, après leur voyage à Venise où Sand est restée. Musset, lui, est rentré à Paris et se met à réfléchir avant de s’exalter à nouveau et de replonger avec Sand dans la passion.

Musset a repris dans son roman quelques détails de leur liaison mais le caractère autobiographique est davantage lié à l’expérience des sentiments et à une certaine maturité acquise durant ces mois de passion.

La Confession d’un enfant du siècle est passée inaperçue à sa publication en 1836. La postérité n’a pas été très tendre avec ce texte. Aujourd’hui Musset est davantage connu pour ses pièces et un certain nombre de ses poèmes que pour ce roman (et ses nouvelles comme Le Fils du Titien, Emeline, Frédéric et Bernerette).

Les spectacles inspirés de la liaison entre George Sand et Musset sont légion, parfois avec quelques passages piqués dans La Confession même si on préfère utiliser sa correspondance avec la romancière, plus accessible.

La première partie du roman déroute et rebute même la plupart des lecteurs d’aujourd’hui. Cette bouleversante méditation sur le mal du siècle est souvent mal comprise, jugée trop abstraite, trop lyrique. Un éditeur aujourd’hui réclamerait à Musset de la supprimer ou de la placer en postface afin que les lecteurs ne se sentent pas obligés de lire le passage avant que débute l’histoire à proprement dite. L’auteur de l’adaptation, Frédéric Vossier, tout en réduisant le passage, a ouvert aussi le spectacle par cette reflexion sur le mal du siècle. Je lui donne raison. En effet, c’est rappeler que cette aventure intime qui va se vivre sous nos yeux est aussi celle d’une jeunesse (et plus ou moins de toutes les jeunesses, époque d’initiation et d’illusions amoureuses). Le roman, écrit à la première personne, n’a rien de dramatique dans sa forme. Il comporte des descriptions, des analyses psychologiques et des dialogues. Frédéric Vossier en a fait un monologue intense et fiévreux.

la_confession_dun_enfant_du_siecle-7073Bertrand Farge, qui interprète cette Confession, est un familier de Musset. Je me rappelle l’avoir vu en 2010 dans Le Chandelier au Lucernaire, déjà dans une bonne et dynamique mise en scène de Marie-Claude Morland. En assistant à cette Confession, j’ai pensé un autre spectacle Le Journal d’un fou de Gogol qui est repris en ce moment par Syrus Shahidi au théâtre du Gymnase. Le texte de Gogol est une pente droite : le personnage s’enfonce dans la folie. Ici, le texte est une succession de courbes : Octave nous livre une confession qui reflète bien le caractère fluctuant de Musset, passant de l’exaltation tendre à la jalousie furieuse, de la bonté à la cruauté.

Dans son jeu, Bertrand Farge parvient très bien à alterner moments de confidences douces ou mélancoliques avec des moments plus violents voire irrationnels. Les passages d’une humeur à une autre n’ont rien d’artificiel. En effet, dans la petite salle du théâtre du Marais, le comédien peut faire passer ces mouvements d’âme et entretenir une véritable connivence avec le public. Exactement comme Musset qui a toujours eu besoin d’avoir un ami pour son cœur tourmenté. Une confession d’ailleurs n’est confession que lorsqu’elle s’adresse directement à quelqu’un.

Le décor également reflète la diversité de ce texte. Sur la petite scène, une partie évoque un intérieur XIXe siècle avec un fauteuil, une table et des verres à pied, une autre partie du décor, poétique, est faite d’arbres aux silhouettes évoquant la douceur d’un tête-à-tête amoureux. Cela permet également de symboliser ces moments où Octave et Brigitte sont à la campagne.

Photo Didier Goudal

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La Confession d’un enfant du siècle n’est pas l’œuvre de Musset que je préfère. Musset n’est pas un romancier né et on sent, sur la longueur, qu’il n’est pas très à l’aise avec la prose. Mais je dois dire que ce spectacle, en choisissant les bons passages du roman sans désarticuler l’ensemble, sans rendre la progression ni trop rapide ni artificielle, m’a permis de comprendre toute la force dramatique contenue dans ce texte. Une intensité qui est peut-être noyée à la lecture, noyée peut-être aussi à cause de quelques longueurs. La liberté de jeu de Bertrand Farge et son naturel auraient certainement plu à Musset. Le spectacle plaira également aux spectateurs d’aujourd’hui en leur offrant un texte à la fois romantique et intemporel, redonnant pleinement sa place aux sentiments humains exprimés sans peur ni calcul. Un monologue vivant, théâtral et généreux.

 

La Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset

Adaptation : Frédéric Vossier

Mise en scène : Marie-Claude Morland

Interprétation : Bertrand Farge

http://confessionenfantdusiecle.hautetfort.com/

Théâtre du Marais

37 rue Volta 75003 Paris

www.theatredumarais.fr

Jusqu’au 31 mars

A 21h du jeudi au samedi et à 17h le dimanche.

 

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