Un échange avec Vladimir Jankélévitch

 

image001Pendant un peu plus d’une heure, un spectacle nous fait découvrir ce grand philosophe, musicologue et pianiste du XXe siècle.

 

On peut, après tout, vivre sans le je-ne-sais-quoi, comme on peut vivre sans philosophie, sans musique, sans joie et sans amour. Mais pas si bien. » V. Jankélévitch

 

J’ai lu des textes de Vladimir Jankélévitch sur la musique cet été. Textes d’écrivain musicologue magnifique d’intelligence mais aussi d’une sorte de poésie que Jankélévitch faisait passer dans ses mots en parlant des notes et des compositeurs. Le nom de Vladimir Jankélévitch m’est aussi familier parce qu’il est né à Bourges (en 1903, d’une famille d’origine russe, son père fut le premier traducteur de Freud) et qu’il reste lié dans mon esprit à la Maison de la Culture, à Malraux, à Vilar, à des esprits désireux de rendre accessibles la culture, l’art, la pensée à tous… à partir du moment où on pousse la porte. Un effort si grandement récompensé.

La mère du comédien Bruno Abraham-Kremer a assisté à des cours de Jankélévitch à la Sorbonne et en parla à son fils. Bien des décennies plus tard, le comédien rend hommage à ce souvenir personnel et au philosophe engagé pour l’humanité.

Bruno Abraham-Kremer nous lit avec beaucoup de vie et d’enthousiasme des morceaux choisis de sa correspondance avec Louis Beauduc, son camarade d’étude, son ami pendant soixante ans. Ces extraits permettent de retracer les grands moments de la vie de Jankélévitch mais aussi ses idées essentielles, les convictions qui l’ont porté toute sa vie. Le comédien nous lit comme s’il nous invitait à réagir à ses propos, dans une démarche philosophique. Parfois, il commente brièvement les propos, notamment pour souligner combien les paroles de Jankélévitch s’adressent toujours à nous, près de trente ans après sa mort.Jankelevitch-Vladimir-Une-Vie-En-Toutes-Lettres-Livre-896662500_ML

Humour, énergie, mais aussi conscience morale, courage habitent ces lettres amicales et tendres dans lesquelles Vladimir aime aussi interpeller Louis (dont une partie des lettres ont été détruites lorsque les Allemands ont pillé l’appartement du philosophe, à Paris.

Il y a des passages bouleversants comme la Deuxième Guerre mondiale durant laquelle Jankélévitch a dû fuir : pas assez français et trop juif. Il résista quand même. Ce n’est que quelques années avant sa mort en 1985 que Jankélévitch obtint ce pardon qu’il réclamait de la part de l’Allemagne, un pardon venu d’un jeune Allemand qui n’était coupable de rien mais prenait ses responsabilités pour offrir au philosophe cette réponse humaine à l’inhumain nazisme. Il a des passages tendres (comme la naissance de la fille de Jankélévitch, appelée Sophie, bien sûr) ou qui font un peu rire jaune comme la frilosité des éditeurs à publier les essais du philosophe qui ne sont certes pas des livres de vulgarisation politiquement correct et très marketing.

800px-Plaque_Vladimir_Jankélévitch,_1A_quai_aux_Fleurs,_Paris_4Ce spectacle tous les lycéens de terminale devraient aller le voir tant il donne envie de penser, de réfléchir à ce qui nous construit : notre responsabilité morale mais aussi l’esthétique qui rend l’existence plus supportable.

La vie est une géniale improvisation ! : un titre qui interpelle et qui, au bout du compte, nous invite à être acteur de cette improvisation… et à aller au 1 quai aux fleurs, à Paris adresser un salut fraternel au philosophe qui vécut dans l’immeuble. Et si je devais retenir une phrase de ce spectacle ce serait la parole de Jankélévitch : « Hélas, en avant ».image_35_1_la_vie_est_une_geniale_improvisation

 

 

 

La vie est une géniale improvisation !

Avec Bruno Abraham-Kremer
Adaptation Bruno Abraham Kremer et Corine Juresco

D’après Une vie en toutes lettres, correspondance entre Vladimir Jankélévitch
et Louis Beauduc. Editions Liana Levi

Théâtre des Mathurins, 21h30. Jusqu’au 4 janvier 2014

http://www.theatredesmathurins.com/spectacle.php?id=35

A écouter aussi le comédien parlant de son spectacle sur France Culture.

 

« On dit par exemple que ce qu’il y a de plus mystérieux, ce n’est pas la nuit profonde, c’est le grand jour à midi, le moment où toutes les choses sont étalées dans leur évidence, où se dénude le fait même de l’existence des choses. Le fait qu’elles sont là est plus mystérieux que la nuit, qui éveille des pensées de secret. Un secret se découvre, mais un mystère se révèle et il est impossible de le découvrir. » (Penser la mort ?)

 

 

Publicités
Cet article, publié dans Pièces de théâtre, spectacles, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s