Noël avec Alain-Fournier et Claudel

Alain-Fournier-Miracles-Livre-896258747_MLLe conte c’est l’extraordinaire souvent raconté avec une sorte de simplicité, comme si cet extraordinaire appartenait tout autant à la réalité que les faits les plus prosaïques. Le conte est la forme littéraire de Noël. Peut-être la seule période de l’année où un miracle nous semble comme allant de soi. Seule période où l’on s’autorise à espérer.

Alain-Fournier a écrit « Le Miracle de la fermière » et « Le Miracle des trois dames de village ». Ce sont des sortes de conte. Ils ne se passent pourtant pas à Noël. Il n’y a pas de miracle à proprement dit mais quelque chose se passe. Quelque chose d’impalpable, presque indicible mais qui fait qu’ensuite le monde n’est plus exactement le même.

Alain-Fournier aimait Noël. Il gardait des souvenirs émus des oranges offertes ce jour-là, de l’ambiance douce dans sa famille, de la messe. Mais, en grandissant tout cela a disparu. On cesse d’être enfant quand les fêtes perdent de leur magie, quand elles nous inspirent une certaine mélancolie, un goût de passé, quand elles nous pèsent. C’est bien ce qui s’est passé pour Fournier à partir du premier Noël qu’il a passé loin de sa famille, loin de sa région natale le  25 décembre 1901.1311534-Alain-Fournier

Cette perte s’est accompagnée d’un éloignement pour la foi. Alain-Fournier a cessé de croire en enfant et il n’a jamais trouvé une foi d’adulte. Étrangement, c’est l’année de sa naissance, en 1886, que Paul Claudel, écrivain qu’il admirait, a connu son illumination le 25 décembre, lors de la messe à Notre-Dame. Le texte de Claudel est émouvant. C’est une sorte de syndrome de Stendhal spirituel : le choc n’est pas esthétique mais religieux. On peut même dire que Claudel a commencé par le choc esthétique, littéraire avec Rimbaud pour ensuite la révélation religieuse. En voici un extrait.

Paul-Claudel« J’avais complètement oublié la religion et j’étais à son égard d’une ignorance de sauvage. La première lueur de vérité me fut donnée par la rencontre des livres d’un grand poète, à qui je dois une éternelle reconnaissance, et qui a eu dans la formation de ma pensée une part prépondérante, Arthur Rimbaud. La lecture des Illuminations, puis, quelques mois après, d’Une saison en enfer, fut pour moi un événement capital. Pour la première fois, ces livres ouvraient une fissure dans mon bagne matérialiste et me donnaient l’impression vivante et presque physique du surnaturel. Mais mon état habituel d’asphyxie et de désespoir restait le même. Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettantisme supérieur, je trouverais un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents. C’est dans ces dispositions que, coudoyé et bousculé par la foule, j’assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand’messe. Puis, n’ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. »parvis_notre_dame_de_paris_noel_2011_s

Alain-Fournier a peut-être été tellement en quête de cette grâce, à travers l’amour comme un absolu, ou à travers Dieu, qu’elle lui échappait… comme tout ce que l’on désire ardemment. Il ne faudrait pas désirer mais attendre avec confiance. Attitude qui n’est donnée qu’à ceux, qui justement, porte en eux cette foi, sans l’avoir voulu.

Noël, en dehors de la religion catholique, c’est aussi un esprit. Peut-être regarder l’autre avec plus d’attention et semer des souvenirs avec ses proches pour accompagner notre futur.  Des souvenirs que je souhaite très bons et doux à tous ceux qui suivent, de près ou de loin, ce blog.

 

Cet article, publié dans Ecrivains, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Noël avec Alain-Fournier et Claudel

  1. sophielit dit :

    Bonnes fêtes à toi, Ariane…

    J'aime

  2. arianecharton dit :

    Merci Sophie ! Bonnes fêtes aussi à toi (et à ton blog et ses habitués http://actualitte.com/blog/sophielit/)

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s