Cet après-midi on improvise

20140121_175701Le salon Roger Blin, au théâtre de l’Odéon, est l’ancien petit foyer. Après avoir été salle de spectacle, notamment du temps de Jean-Louis Barrault à la fin des années 1960, ce salon sert depuis sa restauration, d’espace de rencontres et de lectures. Des spectacles de poche en fin d’après-midi offrant un riche programme autour de thèmes philosophiques, littéraires ou de grands textes. Intellectuels, écrivains et comédiens échangent et lisent comme dans un salon mais sur une estrade. Le public a ainsi l’impression d’entrer dans un salon privé et de surprendre une conversation, comme si les invités se donnaient en spectacle sans le savoir. Les miroirs latéraux, les tableaux et panneaux évoquant notamment le monde du théâtre renforcent cette impression.

« Pourquoi aimez-vous ? » fait partie des huit cycles proposés. Celui-ci a entamé en janvier sa cinquième saison en partenariat avec la collection Garnier-Flammarion qui publie d’excellentes éditions en poche de textes classiques. Quel est le principe de ces rencontres ? Daniel Loayza, conseiller littéraire à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, discute avec un auteur contemporain sur un livre du patrimoine littéraire qu’il aime particulièrement. Rien n’est préparé explique Daniel Loayza. Mais la littérature est un si vaste sujet de conversation qu’elle autorise toutes les improvisations… il s’y glissera bien toujours quelques pépites.Les-classiques-qui-ont-change-la-vie-des-ecrivains

Ces rencontres rappellent que tout écrivain est d’abord un lecteur. Il lit avant de se lancer dans son œuvre (parfois en se faisant la main avec divers exercices comme le pastiche cultivé par Proust, la critique littéraire ou encore la traduction, comme l’a fait Nerval avec le Faust de Goethe). Tout au long de sa vie, l’écrivain reste un inlassable lecteur  : soit il dévore un peu tout notamment les nouveautés, soit il revient à ses grandes figures tutélaires, soit il explore d’autres continents littéraires. Souvent quelques titres le hantent, d’autres ont été faussement oubliés parce que l’écrivain redoute son influence capiteuse. Il arrive aussi, passé un certain âge qu’on hésite à relire les écrivains qui ont accompagné notre jeunesse, qui ont habité notre salle de lycée ou notre chambre. Je me souviens que Simone de Beauvoir, dans l’un de ses volumes de mémoires, explique qu’elle hésite à relire Stendhal par crainte d’être déçue. Je la comprends : nos enthousiasmes juvéniles nous paraissent précieux car on sait qu’ils ne se renouvelleront pas et on a peur de les déflorer. En même temps, relire un livre découvert à 17 ans c’est peut-être avoir l’occasion de le lire autrement. Le jeu en vaut la chandelle.

L’écrivain qui participe à « Pourquoi aimez-vous ? » dévoile ainsi un peu le lecteur qui est en lui.

IMG_20140121_175911 Lors de la première rencontre de cette année, Jean-Marc Parisis est venu discuter avec Daniel Loayza de la Peau de chagrin de Balzac. Il s’est peut-être moins attaché à parler du roman lui-même qu’au rapport de Balzac avec son œuvre, réflexion développée dans la préface du roman écrite en 1831, et à ce qui fait le génie littéraire. Le génie, selon lui, c’est l’art du visionnaire : vision de l’extérieur au-delà des bornes du regard humain ordinaire et vision de l’intérieur, qui rend visible l’invisible. De ce point de vue, Balzac est un modèle : sa Comédie humaine a fini par devenir plus réelle que la réalité, ses créatures inventées semblent être d’âme et de chair. On pense à Rastignac aussi naturellement qu’à un ambitieux qui aurait vraiment vécu, on rêve d’avoir un médecin comme Bianchon et on voit des pères Goriot dans les maisons de retraite.

Le 11 février, Benjamin Constant sera à l’honneur pendant une heure avec son Adolphe choisi par Belinda Cannone, Delphine de Vigan parlera de Notre cœur de Maupassant le 11 mars, Claro de Tristram Shandy de Sterne le 8 avril, Maylis de Kerangal de A rebours de Huysmans le 13 mai. Tzvetan Todorov terminera l’année le 10 juin avec Les Ames mortes de Gogol.

« Les fantômes en littérature », « Repenser l’humanisme » ou encore « Lire le théâtre »… : tout le programme des huit cycles des « Dix-huit heures de l’Odéon » est consultable ici.

Théâtre de l’Odéon, place de l’Odéon, 75006

Entrée : 6 euros

 

 

 

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