Résister par la musique

 

216439bb98259762a7fd14c77b3b9d83Le pianiste György Cziffra est mort il y a vingt ans cette année. Il avait 72 ans. La moitié de sa vie s’est passée en Hongrie et en Europe de l’Est sous le joug de l’Histoire. Il a dû plier l’échine mais n’a pas été abattu. Ce n’est finalement qu’en 1956 qu’il connut la liberté. Il s’installa peu après en France et sera naturalisé en 1968.

Le pianiste aux 50 doigts était un surnom donné à Cziffra célèbre pour sa virtuosité. Il donne aussi son titre au magnifique spectacle conçu et joué par le pianiste Pascal Amoyel, l’un de ses anciens élèves, qui lui rend ainsi un hommage personnel, à la fois musical et théâtral. D’abord, il évoque sa rencontre avec le maître, puis, presque imperceptiblement, il devient Cziffra… Cziffra qui nous raconte la première moitié de son destin, entrecoupant son récit de quelques extraits musicaux, reflets des états de son âme ou de l’atmosphère qui l’entoure. Quelques images projetées au fond, quelques variations de lumière participent à cette évocation ou souligne la portée d’un instant. Pascal Amoyel se sert aussi du piano comme d’un accessoire pour traduire l’Histoire. A un moment, le piano devient ainsi cette locomotive avec laquelle Cziffra a voulu s’évader (la locomotive, symboliquement, était la musique par laquelle il s’échappait mentalement même lorsqu’il était privé d’instrument).

Le spectacle s’achève par quelques morceaux, dans les conditions d’un concert. A nouveau et pour finir, Amoyel et Cziffra se confondent.georges-cziffra-1

Pascal Amoyel joue avec sobriété et sans pathos tout en arrivant à nous faire partager son empathie pour György.

Mais, au-delà, il rappelle que l’Histoire ce sont les grands faits mais aussi la somme de tous les destins individuels bouleversés par elle. Le spectacle rappelle que la musique peut sauver un individu. La musique a permis à Cziffra de faire une carrière internationale lorsque le gouvernement de son pays prit la mesure de ses dons exceptionnels, quand son pays comprit qu’il était l’un, peut-être le premier des héritiers de Liszt. Mais, la musique avait déjà sauvé Cziffra intimement, durant son enfance pauvre, durant la guerre et lorsqu’il connut les travaux forcés séparés des années de son épouse et de leur enfant. Il a eu le courage mental de sauver son âme et ses mains de ces épreuves terribles. Et même s’il en garda des séquelles physiques, il sut les dominer afin de pouvoir continuer à faire retentir des notes sur les touches de son instrument qui est comme un prolongement de lui-même.

Ce spectacle de Pascal Amoyel célèbre la grandeur humaine face à la cruauté dont sont aussi capables les hommes, il célèbre la force de l’art, le premier d’entre eux, peut-être, la musique qui nous échappe par son abstraction tout en nous touchant dès les premiers temps de notre existence lorsque notre conscience n’est même pas encore éveillée. La musique n’est-elle pas l’art à la fois le plus archaïque et le plus complexe ? Peut-être celui qui résiste le mieux à tous les drames et toutes les dictatures.

Pascal Amoyel, photo Francis Campagnoni

Pascal Amoyel, photo Francis Campagnoni

Ce n’est pas la première fois que Pascal Amoyel lie ainsi musique et Histoire, musique et humanisme. En effet, il a créé avec la violoncelliste Emmanuelle Bertrand, un spectacle intitulé Les Notes de l’Espoir, le Block 15 ou la musique en résistance. Cette pièce musicale est basée sur  l’histoire vraie d’Anita Lasker-Wallfisch et de Simon Laks, deux musiciens déportés à Auschwitz qui ont fait partie de l’orchestre créé dans les camps. Comme Cziffra, comme Władysław Szpilman, le Pianiste célébré par Polanski dans son film éponyme, Anita Lasker-Wallfisch et de Simon Laks ont puisé leur force dans la musique. Bien sûr, d’autres musiciens, d’autres artistes n’ont pu être sauvés, car les hommes sont aussi trop souvent sourds et leur folie meurtrière trop forte, car toute résistance a ses limites. Mais ces exemples, parmi d’autres, permettent de voir un peu de lumière dans un passé tragique et de nourrir quelque espoir dans l’avenir. Ce spectacle mis en scène par Jean Piat a été créé en 2007. Il est repris régulièrement. Les prochaines dates sont le 24 mai à Beauvais et le 8 juillet à Saint-Étienne avant d’autres dates en 2015 pour le 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. (info sur http://tandemconcerts.over-blog.com)

 

Le pianiste aux 50 doigts, ou l’incroyable destinée de György Cziffra

Au théâtre Le Ranelagh, 5 rue des Vignes, 75016 Paris

Jusqu’au 27 avril 2014

Textes et musiques interprétés par Pascal Amoyel, piano. Mise en scène de Christian Fromont Création lumière d’Attilio Cossu.

http://www.pascal-amoyel.com/fr

 

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