Rendre la lumière

 

Affiche-peintres-provençauxL’atelier Grognard, à Ruel-Malmaison, propose en une centaine d’œuvres un voyage pictural en Provence.

 

L’atelier Grognard, situé en face du château de la Malmaison, est une ancienne usine dans laquelle on fabriquait des plaques pour la gravure. Construite en 1880, cette fabrique appartient au patrimoine industriel et accueille régulièrement des expositions. Jusqu’au 17 mars, la Provence s’installe dans ses murs. Une impression de chaleur et de lumière se dégage d’emblée de la salle d’exposition à travers les toiles exposées.rueil

« La Méditerranée, un jardin incomparable » a écrit le Normand Maupassant. On entre dans ce jardin en découvrant les œuvres de ces artistes qui ont peint la Provence et les bords de la Méditerranée entre 1850 et 1920. Sept décennies qui présentent une magnifique diversité de styles, soulignant les évolutions depuis le réalisme assez académique qui n’est cependant pas sans charme jusqu’au fauvisme en passant par l’impressionnisme et le pointillisme. Mais le point commun de tous ces tableaux, pour la plupart des paysages, est la lumière et le traitement des bleus de la mer et du ciel (le plus magnifique pour les bleus est assurément Le Canal de Caront à Martigues du Marseillais Louis-Mathieu Verdilhan).

Jean-Baptiste Olive Entrée du Vieux Port, vue du Pharo Huile sur toile, 50 x 75,5 cm Collection Fondation Regards de Provence

Jean-Baptiste Olive
Entrée du Vieux Port, vue du Pharo
Huile sur toile, 50 x 75,5 cm
Collection Fondation Regards de Provence

Vincent Courdouan avec son idyllique et classique Corniche de Tamaris, Jean-Baptiste Olive avec ses vues de la cité phocéenne, le fauve René Seyssaud qui nous transporte dans la campagne provençale ou encore Signac et son cadet et ami Henri Person, très proches picturalement aussi, captant les touches de soleil sous les arbres à Saint-Tropez : tous ces peintres ont su saisir des instants, des détails palpables ou non de cet « incomparable jardin ». Une bonne partie des œuvres sont des paysages de bord de mer ou du moins, on sent la mer très proche. Les toiles qui nous emmènent dans les terres nous transportent dans un univers minéral plus aride, moins riant avec un ciel sec et presque figé. A l’opposé des mouvances des ports et paysages maritimes et ses clartés vivantes.

L’exposition présente des artistes provençaux nés dans ce cadre, au regard habitué depuis l’enfance par ces lumières, ces reliefs. Si Cézanne est absent, on trouve Adolphe Monticelli, Emile Loubon, grand représentant de l’école de Marseille ou encore Alfred Lombard. Deux ou trois générations d’artistes dont les approches et les techniques sont très différentes à partir d’une même matière.

René Seyssaud Le faucheur, 1944 Huile sur toile, 55 x 46 cm Collection Fondation Regards de Provence © Adagp, Paris 2013

René Seyssaud
Le faucheur, 1944
Huile sur toile, 55 x 46 cm
Collection Fondation Regards de Provence
© Adagp, Paris 2013

D’autres peintres présentés, originaires de pays moins ensoleillés, vinrent y travailler ponctuellement ou durablement comme le bourguignon Félix Ziem, André Lhote, Picabia, ou le Polonais Kisling. On devine, même si on ne les connaît pas, qu’ils viennent d’ailleurs et qu’ils traduisent par le pinceau non une habitude de vue mais un attrait, pour reprendre le titre de l’une des parties de l’exposition, « l’attrait du Midi ». Même si on ne peut parler de réelles confrontations, il est intéressant d’avoir mêlé peintres provençaux  et visiteurs. C’est aussi rendre justice à ces artistes du Midi oubliés et rappeler que la Provence n’est pas qu’un beau cadre  pour étrangers, qu’elle a aussi donné ses propres créateurs.

Cette exposition est ainsi d’abord l’occasion de découvrir plusieurs peintres de Provence peu connus hors de leur région offrant une œuvre à la fois personnelle et influencée par tel ou tel mouvement (le catalogue propose pour chacun une notice biographique). J’ai été notamment frappée par Auguste Chabaud, originaire de Nîmes. Certes, ses toiles sont peut-être parmi celles qui séduisent le moins l’œil si on est en quête d’esthétique flatteuse et d’un goût de douceur de vivre. Mais on s’arrête devant l’orange de ses citrouilles du « Marché en Provence », orange d’autant plus intense qu’il voisine avec le noir. Un orange qui ressemble à celui de Cézanne. Les noirs charbonneux que Chabaud utilise beaucoup (ce qui peut étonner pour un peintre du Midi) ne sont pas lumineux mais ils créent des ombres intenses, presque austères qui rappellent que la lumière existe par les ombres ou les pénombres qui l’exaltent.

 

Les Peintres du paysage provençal

Atelier Grognard

6 avenue du Château de Malmaison

92500 Rueil-Malmaison

01 41 39 06 96 / 01 47 14 11 63

Jusqu’au 17 mars 2014

Ouvert tous les jours de 13 h 30 à 19 h

Catalogue 19 euros.

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