Paris universel et festif

 

Paris 1900Le mois prochain, nous commémorerons le début de la Grande Guerre (même si on peut douter qu’en plein mois d’août cet événement mobilise les mémoires si ce n’est sous forme de suppléments d’été dans les journaux). Jusqu’au 17 août, le Petit Palais propose une grande exposition intitulée Paris 1900, la Ville spectacle. Paris avant le cataclysme. Même si l’Europe de la Belle Epoque était en proie à des tensions diplomatiques et avait mis en place un jeu d’alliances qui allait s’avérer fatal, l’Exposition universelle de Paris, à l’aube d’un nouveau siècle, laissait espérer des lendemains prospères et heureux.

Quatorze ans plus tard, l’Europe s’enflammait, Paris était menacé par les troupes prussiennes. Les ennemis d’aujourd’hui avaient construit hier un pavillon aux abords du Champ de Mars et s’étaient pressés rue de l’Avenir pour essayer le trottoir roulant (voir ici en image)… Le décalage fait bien réfléchir. Rien n’est jamais acquis pas même la paix et la prospérité et toutes les civilisations, d’une façon ou d’une autre, finiront par mourir, parfois au comble de leur technicité.

Le Petit Palais, avec le Grand Palais, est l’un des monuments construits pour l’Exposition universelle de 1900 qui a échappé ensuite à la destruction. C’était donc le lieu idéal pour évoquer cet événement et le contexte, rappeler que les pays d’Europe et même une partie du reste du monde s’étaient retrouvés à Paris pour s’exposer. La capitale accueillit alors 51 millions de visiteurs.

Le début du XXe siècle semblait notamment placé sous le signe des échanges facilités grâce au développement des transportsexposition-universelle-17 : la création du métropolitain, la construction de la gare  d’Orsay et de l’actuelle gare de Lyon. Echanges facilités aussi par le cinéma, le téléphone permettant d’abolir les kilomètres, de partager à grande échelle. Quant à la fée électricité, elle illumine la ville et ouvre bien des perspectives. Moyens techniques qui seront ensuite utilisés pour la guerre… En attendant, le Paris au XXe siècle imaginé par Jules Verne en 1863 devient réalité.

Les premières salles sont consacrées à l’Exposition universelle précisément avec des photos, des films, des dépliants, des objets, notamment des babioles que les visiteurs pouvaient acquérir en souvenir. La scénographie de l’exposition a été particulièrement soignée même s’il reste difficile de se représenter tous les pavillons qui modifiaient l’allure d’une partie de la capitale notamment entre le Champ de Mars rive gauche et les abords de la Concorde et des Champs Elysées, rive droite. Outre les pavillons, s’offraient aux visiteurs beaucoup d’attractions présentant les derniers progrès techniques de façon ludique.

Les salles suivantes nous plongent dans l’Art Nouveau avec des meubles, des vases, des décorations signés Gallé, Lalique, Mucha, Guimard mais aussi Sarah Bernhardt dont on peut voir quelques sculptures. Un art daté aujourd’hui mais qui m’a semblé hors du temps, loin de la technique, déconnecté de la réali20140701_135314té dirions-nous aujourd’hui. Il pouvait paraître moderne à l’époque, il n’a pas d’âge. Les formes courbes, graciles et voluptueuses, les motifs floraux, des femmes évanescentes et irréelles paraissent là pour nous faire oublier le temps et nous rendre un peu insouciants.

D’autres salles montrent des sculptures et des peintures d’une grande diversité de style, du néoclassique kitsch aux œuvres plus modernes. Gérôme voisine avec Cézanne, Monet avec Henri Gervex ou William Bouguereau. 20140701_140808

Même diversité, pour le meilleur et pour le pire, en sculpture avec des œuvres en marbre classique mais sans âme qui ne font pas le poids face à la petite salle consacrée à Rodin et présentant notamment une tête de Camille Claudel bouleversante et toute frémissante de vie. Rodin, grande gloire de 1900, avait présenté ses œuvres dans un pavillon à l’occasion de l’Exposition universelle.

Amour et Psyché de Rodin

Amour et Psyché de Rodin

J’ai repensé aux visites d’Alain-Fournier dans les salons de peinture qu’il commente dans ses lettres à Jacques Rivière. Ses descriptions montrent combien les productions sont de styles très différents entre des artistes académiques et d’autres qui voient déjà autrement ou qui exploitent autrement la couleur. Il en était déjà ainsi à l’époque romantique mais dans les années 1900 cette diversité paraît encore plus sensible parce que le monde de l’art est en plein bouleversement.

On trouve aussi un peu partout au cours de l’exposition des toiles de Jean Béraud qui est certainement le représentant par excellence de la vie parisienne à la Belle Epoque.

Bien sûr, il est impossible d’être exhaustif et cette exposition riche de plus de 600 objets et oeuvres, qui ne nécessite pas moins de trois heures de visite, est déjà riche. Mais je regrette que la musique et la littérature (sauf à travers le théâtre mais pour son côté spectacle) soient absentes. Quelques évocations des écrivains et des musiciens de la Belle Epoque avec des extraits de textes et d’œuvres auraient été les bienvenues pour accompagner les beaux-arts et les arts décoratifs bien représentés voire pour illustrer les œuvres plastiques tant les critiques d’art des écrivains sont nombreuses et souvent intéressantes. Les écrivains sont d’aussi bons témoins de leur temps qu’un film ou une photo.

Cleo_de_Merode_with_dance_dress-Reutlinger-1901L’exposition évoque également le Paris 1900 de la femme. La Parisienne chic avec escarpins et vêtements couture signés d’une Jeanne Paquin mais aussi la midinette, petite-fille de la grisette romantique, employée dans la mode, qui doit son nom au fait qu’elle déjeunait à l’extérieur, faisait la dinette à midi. J’ai beaucoup aimé voir quelques superbes robes de l’époque notamment une portée par Réjane mais aussi un tableau de Degas peu connu représentant des modistes. Les Parisiennes de 1900 sont aussi évoquées dans deux autres salles. L’une fait la part belle aux comédiennes et danseuses notamment Sarah Bernhardt et la gracieuse ballerine Cléo de Mérode. L’autre salle (dont un espace est réservé à un public averti) est consacrée au Paris léger et coquin, non moins déjà fameux, avec les cabarets comme Le Chat noir, les maisons closes dont certaines fort réputées, les photos de femmes qui posent nues pour alimenter le commerce érotique.

On sort de ce voyage dans le temps en songeant qu’il a été passionnant mais aussi un peu illusoire. Paris en 1900 n’était pas qu’un lieu de divertissement et d’amusement insouciant. Les femmes n’étaient pas que de petits êtres destinés à charmer les hommes ou à travailler gaiement à la toilette d’une classe aisée. Et pourtant, sans méconnaître les réalités sociales, les conflits latents, les difficultés matérielles, il est bien possible que cette Belle Epoque et cette prestigieuse Exposition universelle aient pu faire croire à beaucoup que le présent était agréable et l’avenir davantage encore. Le spectacle n’a-t-il pas été inventé, entre autres, pour distraire les esprits, les anesthésier ? Aujourd’hui encore les foules peuvent être bercées par la fête.

Jean Béraud: La Modiste sur les Champs-Elysées

Jean Béraud:
La Modiste sur les Champs-Elysées

Mais je m’en voudrais d’achever sur une note négative. L’exposition du Petit Palais mérite grandement la visite, elle réussit certainement à nous faire partager ou tout au moins à nous faire comprendre l’enthousiasme de nos aïeux. Elle nous plonge dans un univers soucieux d’élégance et de distraction, croyant au progrès. Un univers qui ne peut que faire rêver et nous laisser, après l’avoir quitté, de beaux souvenirs.

 

Paris 1900, la Ville spectacle

Jusqu’au 17 août 2014

Petit Palais

Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris

Avenue Winston Churchill – 75008 Paris

Tel: 01 53 43 40 00

http://www.petitpalais.paris.fr/

Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Nocturne le jeudi jusqu’à 20h

Fermé le lundi et les jours fériés

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