Art et générosité : le baron Taylor

Eugène Cicéri, "Paysage avec château" crédit Musées de Chambéry

Eugène Cicéri, « Paysage avec château » crédit Musées de Chambéry

Mécène, philanthrope sont des mots bien désuets.

Aujourd’hui les mécènes ont toujours quelque chose à vendre. Ils cherchent dans leurs actions une plus-value marketing, autrement, ils n’afficheraient pas de façon aussi ostentatoire leur nom et leur marque. Le baron Taylor (1789-1879) lui a agi avec générosité à l’égard des artistes et à l’égard de la France de son temps et d’hier sans rien vouloir en retour. Il est bien oublié, il n’a même pas une rue à son nom à Paris (ou du moins je ne l’ai pas trouvée). Il reste cependant une fondation qu’il a créée et qui porte son nom, installée dans une maison-atelier rue La Bruyère, au cœur de la Nouvelle Athènes, le Paris de Louis-Philippe et du début du Second Empire.

L’exposition (entrée libre) que propose la fondation Taylor prolongée jusqu’au 17 janvier est l’occasion de mieux connaître cet homme qui avait le sens du beau et de la bonté. Lui qui est né l’année de la Révolution française a partagé sa richesse et ses talents pour les mettre au service des artistes et de son pays.

Sa grande œuvre, qui s’est bâtie sur 60 ans, reste ses Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France dont je vais reparler plus loin.

Le baron Taylor par Jean Alaux, crédit : Mutuelle nationale des artistes dramatiques et lyriques

Le baron Taylor par Jean Alaux, crédit : Mutuelle nationale des artistes dramatiques et lyriques

En 1825, le baron est nommé Commissaire royal de la Comédie Française. Il restera à ce poste jusqu’en 1840, le temps de dépoussiérer la vénérable institution en faisant entrer le romantisme avec les pièces de Dumas, de Vigny et surtout celles d’Hugo dont Hernani qui donna lieu à une fameuse bataille lors de la première le 25 février 1830. On peut regretter que Musset, échaudé par son échec de La Nuit vénitienne cette même année ne soit pas allé voir le baron Taylor (qu’il avait dû rencontré aux soirée de l’Arsenal de Nodier). Le baron aurait sans doute saisi la modernité et la beauté de Fantasio, des Caprices de Marianne ou de On ne badine pas avec l’amour. L’exposition à la fondation montre en tout cas quelques magnifiques dessins de décors de pièces créées lorsque baron administra le Français, décors notamment signés Cicéri, le grand décorateur romantique. Le théâtre était l’une des passions du baron Taylor qui a ses heures écrivit quelques pièces. Dès 1822, il participa à la construction et aux activité du Diorama avec Louis Daguerre. Le Diorama offrait aux spectateurs, même les plus modestes, un spectacle un peu théâtral avec d’immenses panneaux peints qui changeaient d’allure au moyen d’un système optique.

Erection de l'obélisque de Louxor sur la place de la Concorde, le 25 octobre 1836. -crédit RMN Grand Palais

Erection de l’obélisque de Louxor sur la place de la Concorde, le 25 octobre 1836. -crédit RMN Grand Palais

Le goût du spectacle n’est pas si éloigné d’une forme de divertissement et de découverte : les voyages dont le baron eut le goût jusqu’à la fin de sa vie. Les régions de France, mais aussi l’Egypte, l’Espagne, la Palestine, la Syrie firent partie de ses destinations. Là-bas, il n’oubliait pas la France et ses rêves de construction intellectuelle. Ainsi en 1839 projette-t-il une histoire générale de l’architecture de l’ancien monde à l’époque contemporaine qui ne verra pas le jour. En revanche, c’est à lui et son sens de la diplomatie que l’on doit l’obélisque de Louxor, place de la Concorde mais aussi la fameuse collection appelée « musée espagnol » que le baron fut chargé de constituer en 1838 à la demande de Louis-Philippe. A une époque où les voyages n’étaient pas si faciles, que les reproductions des œuvres d’art étaient rare, le baron Taylor rassemble au Louvre un grand ensemble de peintures espagnoles dont le style inspirera notamment Courbet et Manet.

Sa fréquentation quotidienne avec les arts mais aussi les artistes rendit le baron Taylor sensible aux difficultés matérielles de certains créateurs. Il a su aussi tirer parti de la fraternité qui régnait alors entre beaucoup d’artistes (même si les concurrences et les querelles existaient également).En 1840, il fonde ainsi une première association de secours mutuels entre artistes. Peintres, musiciens, écrivains, toutes les formes d’expression sont représentées autour d’un but : protéger l’artiste. Ces sociétés qui forment aujourd’hui la fondation Taylor ont réussi à perdurer grâce à la générosité de donateurs et d’artistes. Outre cette activité, la fondation expose régulièrement des artistes contemporains, français et étrangers pour poursuivre les échanges. Au début de l’année 2015 la Chine et le Japon seront ainsi à l’honneur au travers de la gravure et de la sculpture.

Adrien Dauzats, Cloître de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes à Soissons, lithographie des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France ©Fondation Taylor, Paris

Adrien Dauzats, Cloître de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes à Soissons, lithographie des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France ©Fondation Taylor, Paris

L’exposition sur le baron Taylor met également à l’honneur l’un des amis et collaborateurs les plus proches de celui-ci : le peintre et dessinateur Adrien Dauzats. On peut ainsi y admirer quelques très beaux carnets de voyages mais aussi des lithographies et dessins dont la plupart mettent en valeur les trésors architecturaux de la France et des pays visités par Dauzats. Ce dernier a été bien sûr l’un des grands participant des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, sorte d’Encyclopédie de l’époque romantique, destinée à rassembler non pas toutes les connaissances mais le patrimoine architectural français, à l’immortaliser, à le faire connaître à une époque où l’on avait la destruction parfois bien facile. Cette grande œuvre, dont le premier volume parut en 1820, rassemblant écrivains et dessinateurs est à mettre en parallèle avec le rôle de Mérimée, inspecteur général des monuments nationaux à partir de 1834. Le romantisme était nostalgique du passé de façon vivante et constructive.

Carnets d'Espagne d'Adrien Dauzats Adrien Dauzats, Carnets, Espagne ©Fondation Taylor

Carnets d’Espagne d’Adrien Dauzats  ©Fondation Taylor

Pour vraiment découvrir ces Voyages, il ne faut pas manquer l’exposition que le tout proche musée de la Vie Romantique leur consacre jusqu’au 18 janvier et dont je parlerai dans un autre billet mais aussi la seconde exposition de la fondation qui ouvrira le 6 novembre et qui sera consacrée plus précisément aux Voyages.

Je préfère achever ici sur cette belle et admirable figure qu’est le baron Taylor (parlons de lui au présent puisqu’il continue à vivre à travers sa fondation et le souvenir qu’il a laissé dans des lieux et dans la vie de certains artistes). Sans oublier de signaler l’ouvrage très complet de Juan Plazaola publié par la fondation en 1989 sous-titré avec pertinence : « Portrait d’un homme d’avenir » et qui reste à ce jour le livre le plus complet sur ce vrai philanthrope.

 

Fondation Taylor

1, rue de la Bruyère

75009 PARIS

Tél : 01 48 74 85 24

Site Internet : www.taylor.fr

Le baron Taylor (1789-1879) « À l’avant-garde du romantisme », et présentation des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France aux 4e et 5e étages de la maison-atelier jusqu’au 17 janvier 2015

 

Entrée libre.

 

Cet article, publié dans Romantisme, est tagué , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s