Le patrimoine revisité par les romantiques

94dd7827e75523d8dff7189d0c4f321aÀ quelques centaines de mètres de la fondation du baron Taylor dont j’ai parlé longuement dans mon précédent billet, il ne faut pas manquer l’exposition intitulée La Fabrique du romantisme proposé jusqu’au 18 janvier 2015 au musée de la Vie romantique. Sous-titrée Charles Nodier et Les Voyages pittoresques, elle est a été réalisée en lien étroit avec l’exposition sur le baron Taylor de la fondation. Les deux amis, Nodier et Taylor, furent en effet à l’initiative de cette œuvre collective et monumentale que sont ces Voyages pittoresques et romantique dans l’ancienne France. Riche de vingt-quatre volumes, l’oeuvre fut menée sur quarante ans et mêle textes et gravures destinés à faire découvrir les vestiges du passé français, le Moyen Âge mais aussi des ruines encore plus anciennes, à la France du XIXe siècle qui venait de mettre fin à des siècles de monarchie absolue. Les textes et les images mettent en valeur ce patrimoine parfois alors en péril ou négligé et qui a servi de source d’inspiration au romantisme que ce soit en littérature (par exemple Notre-Dame de Paris) en peinture ou encore dans les arts décoratifs et en architecture.

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Tony Johannot « Soirée d’artiste »,bibliothèque de l’Arsenal, crédit: Bibliothèque nationale de France

La première partie de l’exposition La Fabrique du romantisme est l’évocation du salon de Nodier à la bibliothèque de l’Arsenal dont il était le conservateur et qui se situe actuellement dans le IVe arrondissement, boulevard Morland.

Le salon de l’Arsenal, au contraire du cénacle de Victor Hugo, n’avait pas de chef de file. Le maître de maison était Charles Nodier et l’hôtesse sa fille Marie. Les artistes, écrivains, peintres, musiciens, tous les jeunes gens de talent y avaient leur place sans hiérarchie. On lisait ses textes, on les commentait, on jouait aux cartes, on dansait, on faisait de la musique. Quelques intrigues amoureuses s’y sont nouées comme entre Vigny et Delphine Gay, future Delphine de Girardin. Plusieurs jeunes hommes furent amoureux de Marie Nodier comme Musset (qui a consacré un long et beau poème nostalgique au salon et à Nodier en réponse aux stances que Nodier lui avait adressées) et Félix Arvers qui reste célèbre pour le premier vers d’un sonnet dédié à mademoiselle Nodier : « Mon âme a son secret, ma vie a son mystère ».

Tony Robert-Fleury, d'apres Jean-Baptiste Paulin Guerin (1837-1911), "Portrait de Charles Nodier", Bibliothèque nationale de France, crédit : bibliothèque de l'Arsenal

Tony Robert-Fleury, d’après Jean-Baptiste Paulin Guerin (1837-1911), « Portrait de Charles Nodier », Bibliothèque nationale de France, crédit : bibliothèque de l’Arsenal

Le salon de l’arsenal est évoqué ici à travers des portraits notamment de Nodier, du baron Taylor, de Marie (dessinée par Achille Devéria, grand portraitiste de la vie romantique et de ses acteurs) mais aussi des dessins, des aquarelles évoquant l’atmosphère de ce salon. On peut, entre autres, admirer un dessin réalisé pour l’Artiste, intitulé « Soirée d’artiste » et réalisé par Tony Johannot, l’un des illustrateurs les plus fameux de cette époque avec son frère Alfred.

La seconde partie de l’exposition présente des extraits des Voyages pittoresques et des peintures en lien avec le projet. On se promène ainsi dans les provinces françaises à partir de 1820, date du lancement de cette œuvre collective dont Nodier, mort en 1844, ne put voir l’aboutissement.

Outre la valeur artistique des gravures, le soin apporté aux détails qu’on peut admirer, l’entreprise met en évidence l’importance que cette jeune génération accordait au patrimoine. Souci qui fut aussi celui de Mérimée le plus célèbre inspecteur des monuments nationaux. On peut aussi rapprocher cette œuvre collective de celle de Michelet passionné par le passé français mais aussi du Voyage en France de Stendhal, promenades personnelles, atypiques du romancier à travers ce pays qu’il sait aussi bien louer que critiquer, et dans lesquelles il marie considération sur le présent, description de mœurs et intérêt pour des monuments du passé (qu’il n’a parfois pas vu n’ayant pas parcouru toutes les villes et sites décrits).

Alexandre-Evariste Fragonard (1780-1850), "Vue interieure des ruines de la grande salle du chateau dA’Harcourt", 1820. "Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, Ancienne Normandie", 1820.

Alexandre-Evariste Fragonard (1780-1850), « Vue intérieure des ruines de la grande salle du château d’Harcourt », 1820. « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, Ancienne Normandie », 1820. Crédit : Fondation Taylor-Thomas Hennocque

Cet attachement au patrimoine n’a rien de réactionnaire, il nous fait plutôt comprendre que sans connaissance et attachement au passé, on ne comprend pas le présent et on ne construit pas l’avenir. Enfin, ces Voyages nous rappelle que le mot camaraderie n’était pas un vain mot à l’époque romantique. Il me semble qu’à aucune autre période on ne pouvait se lancer dans une entreprise éditoriale rassemblant autant d’artistes.

Parmi les illustrateurs dont on peut admirer les lithographies dans cette exposition citons Alexandre Évariste Fragonard, Pharamond Blanchard mais aussi Géricault qui malheureusement par sa mort prématurée en 1824 n’eut pas l’occasion de participer amplement à ce projet ou encore Cicéri, resté célèbre pour ses décors de théâtre et Adrien Dauzat, l’un des amis les plus proches du baron Taylor. Une partie de l’exposition présente enfin des tableaux signés de collaborateurs ou d’artistes influencés par l’entreprise comme Charles Caius Renoux ou et Charles Marie Bouton qui outre des lithographies réalisèrent de très beaux tableaux représentant des personnages dans des ruines ou des églises gothiques, sujet qui n’est pas sans évoquer des peintres allemands comme Friedrich.

Cette exposition est ainsi l’occasion de s’offrir un voyage en France dans les années 1830 afin d’y découvrir des éléments du patrimoine de l’architecture, parfois détruit depuis, mais aussi pour effectuer une escapade dans le passé. Imaginer à partir des lithographies des histoires à travers des paysages, des rues anciennes où les hommes ne sont pas absents. Car c’est bien l’homme et les valeurs humanistes qui sont au coeur de cette œuvre.

Les voyages pittoresques connus des passionnés de l’époque romantique trouvent dans ce musée un bel écrin pour être tirés d’un injuste oubli, être redécouverts à la façon de ce patrimoine que l’entreprise a su immortaliser magnifiquement en son temps.

 

Musée de la Vie romantique

16, rue Chaptal – 75009 Paris
Tél. : 01 55 31 95 67
Ouvert tous les jours, de 10h à 18h sauf les lundis et jours fériés.

La Fabrique du romantisme, jusqu’au 18 janvier 2015

 

La bibliothèque de l’Arsenal conserve une part du fonds de la bibliothèque nationale de France. Elle accueille jusqu’au 15 février 2015 une exposition célébrant les 30 ans de l’Oulipo. Elle poursuit ainsi sa vocation : faire vivre la littérature, la création

 

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