Marronnier en papier ou…

… la rentrée littéraire

téléchargerLes enfants vont retrouver le chemin de l’école la semaine prochaine… Les librairies, elles, depuis le 20 août, débordent déjà des livres de la rentrée. Que dis-je des livres, des romans de la rentrée. C’est le titre de une choisi par le Magazine littéraire, « Les romans de la rentrée » reléguant le dossier sur Zola en simple bandeau. Sur la couverture du mensuel on trouve en premier parmi les auteurs qui vont être traités Christine Angot… Naïvement, j’ai pensé que c’était un classement alphabétique hélas, non, elle est suivie d’Alain Mabanckou, Laurent Binet, Delphine de Vigan… j’en déduis (hélas) que le Magazine littéraire considère qu’Angot  mérite d’être en tête de liste. Sur la couverture, un dessin représente une femme dans le genre Esmeralda vieillissante qui tient un livre mais avec une main droite qui semble prête à écrire. Avec elle, un chat, objet indispensable à la panoplie de l’écrivain ou de celui (ou celle) qui se pique d’être « dans la littérature » que ce soit comme auteur ou critique. Que faut-il comprendre à travers cette couverture esthétiquement nulle ? Que la rentrée littéraire c’est la parution de romans et que cela s’adresse aux femmes, lectrices de romans, lectrices qui souvent prennent aussi la plume comme cette Esmeralda semble tentée de le faire.

Les Inrocks titraient la semaine passée « La rentrée littéraire » avec en photo Simon Liberati et de sa femme, sujet de son roman, lequel a été l’objet d’une plainte de sa belle-mère, plainte savamment orchestrée faisant parler du roman pendant l’été, pour aboutir à un jugement autorisant sa mise en vente. Transfuge a aussi mis Liberati en couverture. Quant à Lire, il titre aussi « la rentrée littéraire » avec en dessous « les romans français qu’il ne faut (surtout) pas rater ». Le mensuel a choisi de rappeler que la rentrée littéraire n’est finalement qu’une course sportive avec un dessin représentant des coureurs dans les starting-block, des piles de livres derrière eux. Tous ces romans à ne pas rater (difficile quand même, les journaux vont tous en parler) seront en compétition pour les prix d’automne. Les paris sont déjà ouverts.

En somme, la rentrée littéraire c’est une vingtaine de romans (sur plus ou moins 600 qui vont paraître) dont les éditeurs attendent beaucoup en terme de ventes. Le style n’a guère d’importance, au mieux, c’est un argument sur le communiqué de presse qui ne parle de l’écriture que si elle sert une formule marketing du genre « style coup de poing » « plume acérée » ou autres formules communes qui ne veulent rien dire. De même, les ambitions littéraires, les prétentions intellectuelles ne sont que des arguments de vente que la majorité des journalistes appelés « critiques littéraires » vont répéter avec application. Jamais on a autant lu les communiqués de presse.

A cette vingtaine de titres désignés par les médias qui ont été travaillés par les services de presse en juin, s’ajouteront deux ou trois « surprises ». Des romans qui vont marcher sans presse, grâce au bouche-à-oreille, aux libraires qui lisent.

Loin de moi l’idée de mépriser le roman comme genre… Non, le problème est qu’il est devenu synonyme de littérature, excluant les autres genres : poésie, théâtre, essais. Point de salut pour ces genres peu commerciaux. La poésie a ses points de vente, ses réseaux, c’est de la poésie cela veut tout dire. Le théâtre ne se lit plus sauf s’il est signé d’un écrivain à succès dans le genre Eric-Emmanuel Schmitt ou Florian Zeller. Quant à l’essai ou autre livre ne pouvant être décemment présenté comme un roman, il est placé dans les sciences humaines sans que ses qualités d’écriture soient prises en compte et de toute façon, il fera peu de ventes sauf, comme pour le théâtre, s’il est signé d’un nom vendeur comme les Dictionnaires amoureux chez Plon ou les productions d’un Gonzague Saint Bris ou d’un Vladimir Fédorovski. Pourquoi une biographie, des essais sur des sujets d’histoire, de sociologie, de philosophie ne pourraient-ils pas être aussi de la littérature ? Je reviendrai peut-être sur cette question dans un prochain billet. Pourquoi ne pourraient-ils pas être des « vedettes » de la rentrée littéraire ?

La littérature, c’est le roman. Je n’ose dire la fiction tant le roman, même lorsqu’il s’affiche comme un récit imaginé, fictionnel est perçu par les lecteurs comme une sorte de réalité (parfois plus véridique qu’un livre documenté). Il faut aussi que le lecteur (enfin, plutôt la lectrice) se reconnaisse dans l’histoire ou qu’il puisse y croire ou encore ait le sentiment d’apprendre quelque chose. Le roman a réponse à tout.

Loin de moi l’idée aussi de mépriser les romans de la rentrée littéraire et ceux qui les lisent. Il est bien certain que parmi près de six cents romans, il y en a de très bons. Souhaitons d’ailleurs qu’ils réussissent à trouver des lecteurs, qu’ils ne soient pas positionnés trop loin sur la piste de course (mais il est évident qu’au fil de toutes ces rentrées littéraires il y a quelques grands livres qui sont morts-nés et que seul un heureux hasard, un passionné, un chercheur pourra peut-être sauver des limbes). Non, je trouve juste bien regrettable que la littérature ne soit plus qu’un mot vide de sens, derrière lequel se cachent marketing, meilleures ventes, romans dont on parle pour des raisons non littéraires. De ce point de vue, cette année, Eva de Simon Liberati en est clairement l’illustration. Je ne sais si ce roman a des qualités littéraires mais il a toute sa place dans la rentrée littéraire telle que les médias et les éditeurs la fabriquent de toutes pièces.

P.S : pour des raisons indépendantes de ma volonté, il m’est impossible d’insérer des images mais vous trouverez les couvertures du Magazine littéraire et de Lire en cliquant sur les liens insérés dans mon billet

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