L’Allemagne, l’Europe en musique

La Fondation Blüthner-Reinhold organise cette année une troisième saison de six concerts au Goethe Institut de Paris. Une façon de célébrer l’Europe musicale.

 

En 2012, Blüthner, facteur de piano allemand depuis le milieu du 19e siècle, avait rendu hommage à Debussy pour les 150 ans de sa naissance à travers un enregistrement de ses œuvres pour piano. Quatre jeunes pianistes talentueux et venus d’horizons divers (Juliana Steinbach, Amir Tebenikhin, Chenyin Li, Julia Dahlkvist) avaient joué les Estampes, les Images et autres Arabesques et Danses sur des pianos Blüthner. Cet enregistrement s’était accompagné d’une série de concerts au Goethe Institut de Paris où les pianistes avaient donné des récitals Debussy. J’avais eu le plaisir de présenter l’un de ces concerts  en novembre 2012.

Debussy y aurait-il vu là une victoire de la musique française reconnue par les Allemands (un peu son cheval de bataille) ? En fait, cet hommage était aussi une façon de rappeler que Blüthner avait accompagné les compositions de Debussy. Le musicien avait en effet acquis un piano Blüthner en 1905 et en appréciait les qualités. Le compositeur, surnommé Claude de France par D’Annunzio, n’était pas si mauvais joueur avec nos voisins : lorsqu’il dirigeait des orchestres interprétant ses œuvres, il reconnaissait bien volontiers que les musiciens allemands et de l’empire austro-hongrois d’alors étaient bien meilleurs que les autres.

Cette année, La Fondation Blüthner-Reinhold, qui soutient la musique classique en Europe, réinvestit le bel auditorium du Goethe Institut pour une série de six concerts intitulée « Piano mon amour ». On y entendra de jeunes pianistes français et allemands qui sont tous liés à l’Allemagne. N’en déplaise à Debussy qui a souvent critiqué la musique allemande et sa suprématie, voulant notamment défier Wagner, on ne peut nier que l’Allemagne et l’Autriche ont donné le plus grand nombre de grands compositeurs. Cela n’ôte rien aux génies des autres pays. Au fond, pourquoi s’en plaindre ? Ce qui compte ce sont les chefs-d’œuvre et considérons les compositeurs germaniques comme le bien de l’Europe entière (Russie incluse). D’ailleurs, Debussy, qui ne repose pas si loin du Goethe Institut, au cimetière de Passy, n’aurait pas lieu de se plaindre. Si la programmation de « Piano mon amour » comprend à peu près tous les grands musiciens d’outre-Rhin (Bach, Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms), Debussy sera aussi présent par deux fois, notamment lors de la première soirée. Une belle part est faite également à la musique russe avec Scriabine, Chostakovitch, Prokofiev et Rachmaninov (Debussy, qui était difficile à contenter, se plaindrait ici de l’absence de Moussorgski pour lequel il eut toujours une immense admiration mais c’est l’inconvénient avec les grands pays, difficile de faire entrer tout le monde dans le programme !) Cette série de concerts, en conviant de jeunes musiciens, rappelle aussi qu’à travers concours, écoles et grands pédagogues, l’Europe reste une grande terre de musique vivante et tournée vers l’avenir.

En consultant le programme de « Piano mon amour » j’ai d’emblée pensé que c’était une belle façon de conjuguer l’Europe de la culture. Cette culture dont tout le monde parle quand il n’y a pas d’autres sujets brûlants, dont tout le monde parle en disant qu’elle est un pilier dans la construction d’une vraie communauté européenne mais pour laquelle les dirigeants ne font pas grand-chose. Ils laissent les initiatives à des acteurs privés comme ici la Fondation Blüthner-Reinhold ou aux instituts culturels des pays d’Europe présents à Paris par exemple qui proposent de nombreux et intéressants événements. Certes, ces initiatives ont toutes leur place et réjouissons-nous qu’elles existent même si elles ne touchent pas tous les publics. Mais cela n’empêcherait pas la mise en place d’une vraie politique culturelle européenne, une union telle que des esprits comme Stefan Zweig en ont rêvé. En ces temps de crise, on me dira que la culture n’est pas prioritaire. Mais comme pour l’éducation ce ne sont pas forcément les moyens qui manquent mais plutôt une gestion et une distribution plus intelligentes des moyens déjà existants. Eric Rohmer, réalisateur germanophile, n’a-t-il pas montré qu’on pouvait faire un grand film sans dépenser des millions ? Pourquoi la Grèce ne pourrait-elle pas se relever en partie avec l’aide de sa culture millénaire dont toute l’Europe lui est redevable ?)

Je ferme cette parenthèse pour en revenir à la musique. Le premier concert « Piano mon amour » aura lieu le 29 septembre avec au clavier un talentueux pianiste français de 20 ans seulement, Jean-Paul Gasparian. Lauréat de plusieurs concours internationaux et de la Fondation Cziffra en 2014, il interprétera la Sonate en ré majeur K576 de Mozart, la Sonate n°2 en sol mineur opus 22 de Schumann, les Images, 1ère série de Debussy et 3 études opus 39, n°1, 5, 9 de Rachmaninov. Voir ici son interprétation de Préludes de Debussy.

Les récitals suivants auront lieu les 1er décembre, 2 février, 29 mars, 3 mai et 14 juin avec respectivement Jonathan Fournel, Martin Stadtfeld (qui jouera aussi l’une de ses compositions), Rémi Geniet, Hélène Tysman (dont j’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce blog) et Natalia Ehwald.

Tous les concerts commencent à 20h, durent une heure, pour le prix de 5 à 10 euros, et sont suivis d’un petit verre amicalement européen.

Goethe-Institut de Paris

17 Avenue d’Iéna

75116 Paris

01 44 43 92 30

www.goethe.de/paris

Réservation conseillée

 

Disque Hommage à Debussy (4 cd) : http://www.genuin.de/en/04_d.php?k=238

 

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