L’âme vibrante du violon

 

En est-il des festivals comme des romans ? La première édition, comme le premier roman, bénéficie de l’attrait que procure la nouveauté. Le second roman est toujours plus difficile à lancer : l’auteur doit à la fois faire ses preuves, montrer qu’il a mûri et se renouveler. C’est aussi ce qu’on attend d’un festival.

 

Anton Martynov et Michael Guttman

A. Martynov et M. Guttman

J’avais parlé il y a un an du premier Printemps du Violon qui se déroulait dans le VIIe arrondissement à Paris. J’étais curieuse de savoir quel serait le programme de la seconde édition qui débute le 21 mars prochain (avec à la direction artistique toujours Anton Martynov rejoint par Michaël Guttman). Je ne suis pas déçue. Le programme reste à la fois fidèle à son parrain (Bach et la musique baroque) tout en s’ouvrant à d’autres compositeurs, d’autres styles afin de montrer combien le répertoire du violon est étendu. Après le jazz en 2016, on pourra ainsi entendre entre autres des chansons pour violoncelle et piano de Manuel de Falla et des œuvres de Piazzola, Gardel et autres auteurs de tango… Un petit voyage en Argentine programmé évidemment à la Maison de l’Amérique latine.

 

La Suisse est cette année mise à l’honneur avec notamment un concert réunissant cinq de ses compositeurs : Joachim Raff, Othmar Schoeck, Ernest Bloch, Jean-Luc Darbellay, sans oublier Arthur Honegger. Un film suivi d’un petit concert permettra aussi de découvrir la carrière du compositeur genevois Pierre Wissmer et une conférence musicale sera consacrée à l’écrivain et mélomane Robert Walser. L’orchestre suisse, le Menuhin Academy Soloists dirigé par Oleg Kaskiv participera, quant à lui, à deux concerts dont une soirée hommage au chef d’orchestre bâlois Paul Sacher.

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Paul Sacher

La nouvelle génération de violonistes, toute nationalité confondue, retrouvera comme en 2016 son rendez-vous avec la remise du prix Ivry Gitlis et un grand concert au programme surprise où jeunes et aînés joueront ensemble avec parmi eux Ivry Giltis bien sûr mais aussi Laurent Korcia qui excelle aussi bien dans Paganini et Bartók que dans le jazz et la musique tzigane.

Le Printemps du Violon, à l’instar de beaucoup de festivals de musique classique, cherche aussi à s’adresser au jeune public. Nous retrouverons donc comme lors de la première édition un concert pédagogique pour les scolaires, un concert pour les familles avec notamment quelques airs venus de Suisse, sans oublier l’atelier de lutherie accessible gratuitement. A un moment où le sujet de l’éducation fait l’objet de débats, de promesses électorales dont on ignore à quoi elles aboutiront, on se dit que les initiatives privées pour éduquer, initier les enfants sont toutes les bienvenues. Former leurs oreilles, leur sensibilité à la musique, leur montrer concrètement les instruments est une façon de les ouvrir au monde, à la beauté et même si beaucoup d’enfants ne deviendront pas des musiciens, ces expériences auront participé à leur développement intellectuel et artistique et leur serviront dans leur vie d’adulte.

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Boîte au violon de Suzanne Valadon

Mais la nouveauté par rapport à la première édition est la façon dont ce festival s’ouvre aux autres disciplines artistiques, engageant, à travers le violon, un dialogue avec d’autres arts, ici les arts plastiques et visuels et la littérature. Une conférence proposée par Michael Krethlow aura ainsi pour thème le violon en peinture au fil des siècles et une exposition à la mairie du VIIe arrondissement déclinera cet instrument en peinture, photos, vidéos et performances. Quant à la littérature, elle s’invite à travers la conférence sur Robert Walser et surtout, l’un des temps forts du festival, la création d’une pièce de théâtre. Intitulée Confessions d’un violon, cette pièce a été écrite et sera interprétée par Audrey Guttman et mise en scène par Emmanuelle Kaltcheva-Djaima, spécialement pour le festival.

affiche confessions d'un violonJe me suis intéressée à la façon dont la pièce avait été élaborée, à la façon dont Audrey Guttman avait fait d’un instrument de musique un sujet de texte théâtral. Ne pas jouer de cet instrument pouvait de prime abord être un handicap, que l’auteur, comme elle l’explique, voulut d’abord compenser en se documentant beaucoup sur la lutherie, l’histoire de violon, en interrogeant des violonistes sur leur pratique. Mais, elle s’est aperçue que tout ce savoir ne la menait nulle part ou du moins pas à un texte satisfaisant. Et elle a compris alors que ce qui était un handicap était plutôt une chance : n’étant pas violoniste, elle pouvait avoir un regard plus frais et plus libre sur cet instrument. Elle était aussi plus à même de s’adresser à tous les publics, notamment ceux qui ne sont pas musiciens en manipulant le violon comme bon lui semble. Elle est revenue aussi à son enfance, bercée par le violon. Pour un petit enfant, tout ce qui l’entoure est animé. Pour l’amuser on fait parler un jouet, un objet et le tout-petit croit que celui-ci parle, vit. Et puis, un jour, nous faisons la différence entre les êtres vivants et les choses inanimées (ou qui ne s’animent que par l’action humaine). Audrey Guttman a peut-être cherché à retrouver au fond d’elle ce moment où elle croyait que les objets étaient animés. En tout cas, ses souvenirs de petite fille ont participé à l’élaboration de sa pièce, elle s’est notamment rappelée avoir passé son « enfance à danser autour de [s]on père qui jouait du violon ».

Dans sa pièce, le violon est un personnage, le personnage dont elle se fait l’interprète. Le violon n’est pas ici le faire-valoir du musicien et du compositeur, il est lui-même en tant qu’objet devenant âme avec une histoire, des sentiments. Bien sûr, comme tout écrivain, Audrey Guttman a mis beaucoup d’elle-même dans son héros : des sentiments, des sensations, des souvenirs mais aussi de l’imagination pour faire monologuer l’instrument. Emmanuelle Kaltcheva-Djaima, quant à elle, est violoniste et elle a travaillé en étroite relaPDV_2017_Affichetion avec l’auteur, le texte se déployant en même temps que se faisait la mise en scène. Un duo complémentaire pour donner corps et âme au violon. Et finalement, n’est-ce pas plus largement l’esprit de ce festival : laisser chanter librement et joyeusement le violon ?

Deuxième Printemps du Violon du 21 au 31 mars dans différentes salles du VIIe arrondissement.

Programme complet et réservation sur https://www.leprintempsduviolon.com

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Un commentaire pour L’âme vibrante du violon

  1. LMC dit :

    Ce que j’ai vraiment aimé dans cette deuxième édition, c’est justement la croisée des disciplines, toutes réunies autour du violon, mais qui s’enrichissent mutuellement ! J’ai toujours pensé qu’un artiste seul n’est jamais aussi bon que quand il côtoie des collègues d’autres disciplines.

    J'aime

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