Pablo Casals : liberté, fraternité et musique

 

 

240-Festival-Pablo-Casals-2017_focus_events« La musique chasse la haine chez ceux qui sont sans amour. Elle donne la paix à ceux qui sont sans repos, elle console ceux qui pleurent. » On peut lire cette phrase de Pablo Casals dans la présentation du festival qui porte son nom et qui se déroule à Prades depuis 1950.

Pablo Casals fait partie de ces musiciens du XXe siècle comme Rostropovitch par exemple qui ont été aussi des hommes engagés en faveur de la liberté et de la démocratie, payant leur engagement par l’exil ou le retrait. Alors qu’il mène une grande carrière internationale, Pablo Casals refuse à partir de 1933 de jouer en Allemagne tant que le pays ne sera pas libéré de son dictateur. Entre 1936 et 1938, il multiplie les concerts de bienfaisance pour les victimes de la guerre civile qui touche son pays avant fin janvier 1939 de quitter Barcelone alors occupé par Franco. Il s’installe alors à Prades et cesse de se produire. Un silence symbolique pour l’Espagne qui le reconnaissait comme son plus grand violoncelliste et le reste du monde tant la place de Pablo Casals au sein du monde musical était importante.

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Mariona Camats (Kronberg Academy – Lutz Sternstein)

Le festival de Prades est peut-être le seul festival de musique à avoir une origine aussi politique puisqu’il est lié à l’acte de résistance de Casals tout en célébrant la gloire d’un grand maître ancien : Bach dont on célébrait en 1950 les 200 ans de la mort. Le festival depuis a pris de l’ampleur et se développe à Prades, à l’église Saint-Pierre où tout commença mais aussi ses proches environs dans des lieux exceptionnels tels que l’abbaye Saint-Michel de Cuxa à Codalet, lieu principal du festival, le prieuré de Serrabonne, l’abbaye Saint-Martin du Canigou ou encore l’église de Villefranche de Conflent et le grand hôtel de Molitg. Entre le 24 juillet et le 13 août une quarantaine de concerts sont programmés avec plus d’une cinquantaine de musiciens dont cinq violoncellistes (François Salque, Frans Helmerson, Mariona Camats, David Cohen et Ivan Monighetti). Tout le programme est présenté sur le site Internet du festival.

Les lieux qui ont accueilli Casals résonnent ainsi de musique pendant ces trois semaines… à des horaires habituels de concert mais aussi à des moments inattendus mais non moins propices à l’écoute comme à l’heure où le soleil se lève avec le 30 juillet un concert prévu à 6h du matin au sommet du Canigou. Ou comment la nature – la naissance à la fois ordinaire et poétique d’un nouveau jour – se trouve sublimée, célébrée par l’art musical. Un programme matinal choisi avec soin entre Haydn et sa symphonie Le Matin, Schubert et le compositeur hongrois Ferenc Farkas avec de joyeux « airs et danses antiques » ainsi que Le Chant des oiseaux de Casals d’après un air populaire catalan que le violoncelliste joua notamment aux Nations Unies lorsqu’il reçut la Médaille de la Paix en 1971. Un chant mélancolique et profond qui incite au recueillement, une autre façon d’accueillir le jour nouveau. En écrivant ce billet, je pense à ce 14 juillet 2017 durant lequel, à l’heure du feu d’artifice, Nice va retentir non de fusées de feux d’artifice mais de musique avec l’orchestre philharmonique de la ville et son chœur de l’opéra en hommage aux victimes de l’attentat sur la promenade des Anglais, l’an dernier. La musique n’est-elle pas l’art qui console le mieux ? Qui permet avec sept petites notes de partager la tristesse et l’espoir ? La citation de Casals qui ouvre mon billet est à la fois le message d’un humaniste idéaliste et une phrase parfaitement juste.

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Grottes des Canalettes

Et pour rester dans cette harmonie entre nature et art, ce 30 juillet verra aussi l’heure de midi et le soir célébrés en musique avec un concert à l’heure du déjeuner dont la symphonie Le Midi de Haydn au Casino de Vernet-les-Bains et un autre dans les grottes des Canalettes à l’arrivée de la nuit où la symphonie Le Soir sera suivie d’un programme éclectique avec Jolivet, Barber, Bério et Mozart. Entre les 2148 mètres d’altitude du mont Canigou et les grottes, ce sera l’occasion d’écouter autrement, tant ces acoustiques « extraordinaires » nous font percevoir des œuvres, même bien connues, tout à fait différemment.

Fondé par un musicien résistant qui avait choisi le silence, ce festival garde les marques de cet engagement sans s’interdire l’humour comme avec ce « forfait beautés » proposé au grand hôtel de Molitg avec entre autres la sonate « La Superbe » de Couperin. Le concert musique-cinéma avec des morceaux joués dans Titanic, Rabbi Jacob ou encore La Liste de Schindler et le concert pour les enfants avec le classique Carnaval des animaux rappellent que la plupart des festivals de musique classique ont vocation à s’adresser à tous les publics, même à ceux à qui la musique classique fait peur ou qui croient qu’elle n’est pas faite pour eux. Certes, en dépit de ces initiatives que je ne manque jamais de souligner dans les festivals dont je parle car elles me semblent importantes, il reste une foule de gens qui ne passeront pas la porte. Mais il suffit que quelques personnes, notamment des oreilles d’enfants, soient conquises à chaque fois pour dire que le pari est réussi.

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Michel Lethiec ©Josep Molina

Pablo Casals avait à cœur de transmettre et de soutenir les jeunes musiciens (comme lui avait été soutenu dans ses débuts notamment par Albéniz et Granados) à travers les leçons qu’il donnait. Le directeur artistique et clarinettiste Michel Lethiec s’inscrit dans cet esprit en offrant aux jeunes solistes l’occasion de jouer. On pourra notamment entendre cette année Szymon Nehring, Polonais de 22 ans, lauréat du prix du public au prestigieux concours Chopin et le Quatuor Arod qui depuis sa création en 2013 multiplie les concerts en France et à l’étranger. Cette année encore dans l’église de Catllar seront présentées les huit révélations classiques de l’Adami qui se produiront dans le cadre d’une grande soirée. Le pianiste Tanguy de Williencourt, une des révélations 2016, revient quant à lui pour un récital avec notamment des transcriptions de Tannhäuser par Liszt et six Préludes de Debussy.

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Le quatuor Arod ©Verena Chen

Ce festival se place donc résolument dans le présent et l’avenir en permettant à de nouveaux interprètes de se faire connaître, à des compositeurs actuels d’être joués tels que l’Argentin Osvaldo Golijov et Thierry Escaich mais suscite aussi directement des œuvres à travers un concours international de composition de pièces pour musique de chambre… avec violoncelle obligatoire ! Ce concours qui a lieu un an sur deux depuis 2005 fêtera donc sa septième édition. Le compositeur choisi se verra commander une seconde œuvre pour musique de chambre qui sera interprétée l’an prochain.

A l’approche des 40 ans de la mort de son fondateur, le festival de Prades reste plus que jamais un hymne à la vie, à la jeunesse et à la création à travers cet art si sensoriel et spirituel qu’est la musique. Un art qui n’a rien de pauvre, n’en déplaise au Catalan Salvador Dalí ! Pour ultime preuve ? Cette séance d’improvisation par les solistes de festival qui se déroulera le 31 juillet au musée d’art moderne de Céret, devant des tableaux de Dalí.

 

Festival Pablo Casals du 24 juillet au 13 août 2017

http://prades-festival-casals.com

 

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