Renaissance d’un oratorio baroque

Jamais enregistré, L’Assunzione della Beata Vergine d’Alessandro Scarlatti (1660-1725), le père de Domenico, qui lui-même était fils de musicien, reste même une œuvre totalement méconnue. En effet, la partition est conservée dans la bibliothèque diocésaine de Münster et l’oratorio n’a presque jamais été joué depuis sa création en 1703 à Rome. C’est dire si le disque proposé par l’Ensemble Baroque de Monaco est précieux.

Alessandro Scarlatti

On doit la redécouverte de ce bijou du début du XVIIIe siècle au chef d’orchestre et directeur artistique de l’Ensemble Matthieu Peyrègne qui a mis toute son énergie et sa patience au service de cette œuvre dont il a copié le manuscrit et sur laquelle il a effectué un travail de recomposition, dans la plus pure tradition baroque. Des années de travail récompensées par ce CD qui vient de sortir chez Paraty et qui offre au monde entier une œuvre lyrique d’une grande intensité. L’oratorio comprend une ouverture, une sinfonia et trente morceaux interprétés par deux sopranos et deux altos qui chantent seuls ou en duo avec un ensemble d’instruments à cordes. Le livret propose une traduction en français des airs permettant de suivre l’oratorio.

Fort de son expérience de chef d’orchestre mais aussi de chanteur dans de prestigieux ensembles vocaux comme les Arts florissants, Matthieu Peyrègne dirige avec passion depuis 2013 l’Ensemble Baroque de Monaco à travers lequel il perpétue une vraie tradition. En effet, la principauté de Monaco aux XVIIe et XVIIIe siècles accueillait de nombreux musiciens et les princes successifs comme le Prince Antoine 1er  (1661-1731) étaient des mécènes mélomanes. La formation joue sur des instruments baroques et s’attache à ressusciter un répertoire oublié. Même si le baroque a opéré depuis des années déjà son grand retour dans le monde classique, nous sommes loin d’avoir tout redécouvert tant le nombre d’œuvres est important.

L’Ensemble Baroque de Monaco

J’ai eu l’occasion d’écouter l’ensemble monégasque en décembre 2018 au cours d’un concert dans l’église anglicane de Nice. Matthieu Peyrègne proposait déjà une œuvre très rare, The Fairy Queen, un opéra d’Henry Purcell inspiré du Songe d’une nuit d’été de son compatriote Shakespeare. Outre la beauté de cette œuvre baroque que je ne connaissais pas du tout, j’ai trouvé que l’Ensemble insufflait une énergie joyeuse à toute l’œuvre et même à l’église et son public. J’étais donc impatiente de découvrir leur disque.

Alessandro Scarlatti a composé une trentaine d’oratorios durant sa carrière qui s’est essentiellement déroulée entre Naples et Rome. A Rome, il fut maître de chapelle, sous la protection du cardinal Pietro Ottoboni qui a écrit le livret de L’Assunzione della Beata Vergine.

Ce dernier oratorio composé par Scarlatti alterne morceaux enlevés et grandioses avec d’autres plus lents et graves. Le douzième morceau, un duo entre l’Epouse et l’Epoux est ainsi porté par une grâce céleste et évoque l’accession de l’Epouse au royaume, l’Epoux l’appelant à fouler comme lui le « sentier lumineux ». Le récitatif de l’Epoux qui suit est plus grave et parle des douleurs éprouvées par l’Epouse à cause de lui. De même, les morceaux interprétés par Matthieu Peyrègne (alto) qui incarne l’Eternité sont tous empreints d’une solennité soutenue par le rythme et les instruments. Mélodie Ruvio, second alto, est Amour. Je trouve qu’elle rend bien par sa façon de poser sa voix dans les récits solo, l’image de l’Amour comme un élément à la fois abstrait et profondément sensible dans l’âme.

J’ai particulièrement aimé aussi le récit solo de l’Epouse « Del déserto natio… » au début de la deuxième partie. La grande et belle sobriété de l’accompagnement instrumental soutient la poésie pleine de mélancolie et d’espoir de l’Epouse « restée longtemps privée de [s]on époux bien-aimé » et qui à présent « disput[e] à l’aurore son éclat rouge vermeil ».

Le rôle de l’Epouse est tenu par Aurore Peña, une jeune soprano espagnole qui a déjà une belle expérience dans le monde lyrique et pas seulement dans le baroque. Sa voix porte avec beaucoup de grâce à la fois légère et digne ce rôle de Marie. Quant à Béatrice Gobin, l’autre soprano qui interprète l’Epoux, j’avais déjà eu l’occasion de l’entendre dans l’opéra de Purcell et de juger de son sens du jeu et de la comédie. Le rôle ici est plus imposant et elle met les intonations qu’il faut. C’est remarquable dans les duos avec l’Epouse où les deux voix dialoguent sans se confondre.

Le dernier air, un duo Epoux-Epouse marque le triomphe consolateur et porteur de paix de la Vierge à qui revient tout naturellement les dernières notes… et le mot de « pitié ».

Avant de partir en tournée avec L’Assunzione della Beata Vergine à partir du novembre 2019, l’Ensemble Baroque de Monaco se produira notamment au festival de musique Ancienne de Callas en juillet où il reprendra l’opéra de Purcell The Fairy Queen (une œuvre idéale pour une soirée d’été poétique) que je ne peux que vous encourager à découvrir également et dont j’espère qu’il fera l’objet aussi d’un enregistrement.

L’Assunzione della Beata Vergine d’Alessandro Scarlatti, par l’Ensemble Baroque de Monaco, Paraty

Cet article, publié dans Musique, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s