La joie de jouer ensemble

Michel Strauss

J’ai déjà parlé sur mon blog du festival Musique de chambre à Giverny. C’était en 2014 pour sa onzième édition. J’espère y retourner cette année au mois d’août pour ce dix-septième rendez-vous heureusement maintenu. Ce festival offre l’opportunité à de jeunes musiciens de jouer avec des interprètes confirmés. Un vrai moment d’échange et de partage d’expériences dont nous avons besoin plus que jamais après les longues semaines de confinement et alors que le monde de la culture peine, plus que les autres, à renaître. Le partage qui est au cœur de la musique de chambre n’est d’ailleurs pas incompatible avec la distanciation physique et son sacro-saint mètre de séparation !

Après ces mois éprouvants, j’ai eu aussi à cœur de ne pas rédiger ce billet seule mais d’inviter un musicien à s’exprimer, Michel Strauss, violoncelliste et directeur artistique du festival de Giverny. Il nous parle de la programmation et de l’esprit qui guide cet événement musical normand.

Musique de chambre à Giverny fait partie des rares festivals rescapés de la crise du Covid-19. Il est maintenu aux dates prévues et avec une programmation égale aux années précédentes. Comment avez-vous traversé la période du confinement ? Vous avez dû longtemps penser que le festival, comme d’autres, allait être annulé…

Anton Ilyunin

Pour moi, il n’a jamais été question d’annuler le festival !  Je me suis tout de suite dit, il faut que ces jeunes musiciens absolument géniaux et qui devaient venir à Giverny puissent jouer. Je suis professeur. Pendant le confinement, j’ai continué à donner mes cours par visio avec ma trentaine d’élèves installés aussi bien aux Etats-Unis qu’en Asie. Il fallait jongler avec les décalages horaires, avec les difficultés techniques, maintenir les liens en dépit du confinement, de la solitude et des incertitudes. J’ai été témoin du désespoir de mes élèves qui voyaient les salles fermées, les concerts annulés pendant des mois, peut-être une année entière. Un désespoir aussi bien financier –ils débutent leur carrière et n’ont pas le statut d’intermittent – que moral. Ils n’avaient plus de partenaires pour jouer, plus de public : quand on sait combien il est difficile d’émerger dans le monde du classique, on imagine sans peine les inquiétudes de ces jeunes interprètes. Certes, je ne savais pas qui pourrait venir à Giverny et dans quelles conditions on pourrait jouer mais je refusais de reporter à l’an prochain. Au pire, nous aurions diffusé les concerts en visio ! On a bien fait de tenir, on est toujours là !

Le festival Musique de chambre à Giverny en 2019

La programmation est bouclée. Et comme chaque année, vous avez réussi à réunir des interprètes d’âges et d’horizon variés, respectant ainsi l’esprit du festival.

Oui, c’est une immense satisfaction. Nous avons encore des incertitudes pour quelques interprètes car la réouverture des frontières hors espace Schengen peut encore évoluer d’ici août et on espère que la situation se sera encore améliorée par rapport à la fin juin. Mais, dans tous les cas, le programme pourra être joué dans son intégralité et nous allons garder ce caractère intergénérationnel dans les formations. Certains interprètes confirmés comme Jean-Claude Vanden Eynden au piano ou Vladimír Bukač à l’alto seront présents auprès de jeunes musiciens tels Anton Ilyunin au violon, Arthur Stockel, à la clarinette ou Flore Merlin au piano et pourront ainsi transmettre leur expérience. Même si nous ne pourrons pas vendre autant de billets et devrons respecter le protocole sanitaire, l’essentiel est sauf. La région d’ailleurs va nous soutenir financièrement pour faire face au déficit inévitable.

Jean-Claude Vanden Eynden
Flore Merlin

A côté d’œuvres connues, vous proposez aussi des raretés.

Oui, il y a un tas d’œuvres qui ne sont jamais jouées en concert. On essaye donc toujours avec les musiciens confirmés d’élaborer un programme avec quelques raretés comme cette année Space Jump for Trio (piano, violon et violoncelle) de Fazil Say. Une œuvre que les jeunes interprètes travaillent pour la première fois et qu’ils ne rejoueront peut-être plus jamais sur scène. Une expérience unique, partagée avec le public.

Beethoven sera à l’honneur, comme prévu bien avant la crise avec notamment le quatuor à cordes opus 135 et le trio à cordes n°5. Il y aura aussi du Schubert, du Schumann, du Bach avec entre autres les Variations Goldberg, dans un arrangement pour trio à cordes. Mais comme tous les ans, nous avons également invité un compositeur contemporain. Cette année c’est Régis Campo qui sera présent au festival. Celui-ci vient d’être couronné par le Grand Prix lycéen des Compositeurs pour son œuvre Une solitude de l’espace. C’est un artiste très sympathique, généreux qui a composé spécialement pour Giverny Open Time, un quatuor pour piano, violon, violoncelle et clarinette. Deux autres de ses œuvres sont également programmées.

Régis Campo (c) 2018 par Quentin Lazzarotto

Un autre aspect important du festival de Giverny, et qui le distingue par rapport à la plupart des autres, est son implication dans la vie culturelle dans l’Eure tout au long de l’année, et son désir d’intervenir auprès du public des quartiers défavorisés. Quelles formes prend cette démarche ?

Pour moi, la musique classique s’adresse à tous. Il n’est pas nécessaire d’être cultivé, d’avoir des bases en solfège ou que sais-je encore pour aimer un air. Il y a aussi trop souvent un discours méprisant de la part de l’élite. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas fait d’études qu’on est un imbécile. La musique classique fait souvent peur alors qu’elle est au contraire accessible. Et quand on prend la peine de s’adresser à la population des « quartiers » on se rend compte que les gens sont contents qu’on leur parle d’autres choses que de foot ou de télévision. Pendant le festival, nous programmons ainsi des concerts pédagogiques dans des centres culturels. On y fait venir les enfants, les adolescents, leur famille pour trente-quarante minutes de musique. Les instruments et les œuvres sont présentées au public qui peut ainsi s’initier au classique. Ce partage apporte beaucoup aux spectateurs mais aussi aux interprètes. En dehors du festival, nous organisons aussi, en collaboration avec la préfecture de l’Eure et la mairie de Vernon, des concerts pédagogiques dans des écoles ou autres lieux du département de l’Eure.

Le festival Musique de chambre à Giverny se déroulera du 17 au 30 août 2020 dans différents lieux notamment au Musée des Impressionnismes de Giverny et à Vernon. Informations et réservations  : https://www.musiqueagiverny.fr et 09 72 23 33 52

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