Crépuscule du romantisme

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Aurélienne Brauner (à gauche) Lorène de Ratuld (à droite)

Aurélienne Brauner, violoncelliste et Lorène de Ratuld, pianiste, se sont rencontrées durant leurs études au Conservatoire de Paris puis se sont retrouvées en 2011 lors d’un concert. C’est ainsi que débuta leur collaboration et naquit leur duo Luperca. Elles s’attachent depuis à mettre en valeur le répertoire français peu connu comme les œuvres de Fernand de la Tombelle, Lucien Durosoir ou Rita Strohl.

Au bout de cinq ans de concerts, pour fêter leurs noces de bois musicales, elles ont enregistré Crépuscule, un premier disque avec Franck, Fauré et Vierne au programme. Hasard des sorties, j’ai parlé de la Sonate opus 27 de Louis Vierne dans un précédent billet. Hasard peut-être pas tout à fait, plutôt vent de redécouverte de cette musique française de la fin du XIXe et du début du XXe qui séduit de jeunes musiciens et offre ainsi différentes interprétations.

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Louis Vierne

La Sonate de Vierne, grand organiste et ancien élève de Franck, a été écrite en 1911, onze ans avant la Sonate opus 117 de Fauré également enregistrée sur ce disque. C’est pourtant bien celle de Vierne, de vingt-cinq ans le cadet de Fauré, qui apparaît comme la plus moderne des trois. On y trouve bien sûr des motifs communs avec les œuvres de ses aînés mais elle semble ouvrir les voies d’une musique moins lyrique, plus abstraite. Si les trois musiciens incarnent cette génération qui clôt le XIXe siècle dominé par le romantisme, c’est Louis Vierne qui nous fait le mieux comprendre ce qui viendra ensuite. Et si on ne savait pas qu’elle avait été composée avant la Grande Guerre on daterait l’œuvre de Vierne après le conflit, tant, par endroits et particulièrement dans le molto largamente, elle semble traduire la désolation qui toucha l’Europe pendant quatre ans et la fin d’un monde.

La Sonate en la majeur de Franck est une transcription pour piano et violoncelle de l’œuvre composée pour piano et violon. Transcription réalisée par Jules Delsart et que Franck avait approuvée mais qui reste peu jouée et encore moins souvent enregistrée. Les passionnés de violoncelle, entre autres, auront donc plaisir à entendre cette version.

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Deux hommes pour crépuscule à la mer – Caspar David Friedrich

Cette célèbre sonate serait l’une des sources d’inspiration de la Sonate de Vinteuil d’A la recherche du temps perdu et constitue surtout la bande-son de la Belle Epoque et de ses salons. Elle offre une partition très égale entre le piano et le violon ou ici le violoncelle. La partition du violoncelle suit presque intégralement celle originale du violon mais une octave en dessous. Cela n’ôte en rien le lyrisme mais le rend tantôt plus langoureux tantôt plus sombre. L’ensemble apparaît plus mélancolique que dans la version pour violon, ce qui est particulièrement sensible dans les passages très connus que tout mélomane a dans l’oreille avec le violon.

Le duo Luperca propose une interprétation pleine de contrastes, peut-être plus dynamiques que d’autres, particulièrement dans l’allegro et l’allegretto. On sent que Lorène de Ratuld est aussi très familière des romantiques allemands, elle donne à son interprétation une exaltation parfois assez schumanienne. Les passages très lents notamment dans le troisième mouvement (recitativo) donnent l’impression que les respirations des deux instruments qu’on entend se mêlent plus étroitement, traduisant bien cette intimité que César Franck avait voulu créer entre eux.

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Gabriel Fauré

Transcription d’un Chant funéraire pour instruments à vent commandé pour le centenaire de la mort de Napoléon 1er l’andante de la Sonate de Fauré est une sublime partition pour violoncelle. Aurélienne Brauner semble interpréter l’œuvre d’un seul souffle, concentré et puissant, qui fait aussi retenir notre respiration. Dans les deux autres mouvements, le piano a lui aussi ses moments de pleine expression, notamment dans l’Allegro et l’Allegro vivo où les doigts de Lorène de Ratuld virevoltent avec une allégresse sensible sur le disque.

L’entrain que les deux musiciennes mettent dans la composition d’un Fauré de 77 ans n’a rien de crépusculaire mais témoigne au contraire de leur complicité et donne envie de les suivre vers d’autres œuvres.

 

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Crépuscule du duo Luperca (Aurélienne Brauner et Lorène de Ratuld) chez Anima Records 

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2 commentaires pour Crépuscule du romantisme

  1. Leuba dit :

    J’ai eu l’occasion d’écouter Lorène de Ratuld aux Invalides avec une autre pianiste, Geneviève Laurenceau, dans les oeuvres de Lucien Durosoir. Remarquable duo qui a donné lieu à un disque chez alpha.

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  2. Leuba dit :

    Pardon, concert avec Geneviève Laurenceau, violoniste….

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